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Les quatre équipes arabes de la Coupe du Monde de football en sont d’ores et déjà éliminées, et ce après une série ininterrompue de défaites.

La Coupe du Monde 2018 s’annonçait faste pour le football arabe, avec un nombre inédit de quatre équipes participantes: l’Arabie saoudite (les « Faucons verts ») et la Tunisie (« les « Aigles de Carthage »), déjà présentes en 2006, l’Egypte (les « Pharaons ») et le Maroc (les « Lions de l’Atlas »), de retour respectivement depuis 1990 et 1998. Aucune de ces équipes n’a pourtant à ce jour été capable de remporter la moindre victoire. Deux des quatre buts marqués en compétition l’ont été sur penalties, par la Tunisie contre l’Angleterre, puis par l’Egypte contre la Russie (photo ci-dessus), les deux autres l’étant par la Tunisie contre la Belgique. En revanche, des joueurs du Maroc, puis de l’Egypte ont tous deux marqué contre leur camp. UN DEBUT TRES DIFFICILE L’Arabie jouait le match d’ouverture contre le pays-hôte, le 14 juin. Le prince héritier Mohammed Ben Salman, surnommé MBS et véritable « homme fort “du royaume, avait fait le déplacement pour l’occasion et il assista à la compétition depuis la loge d’honneur, aux côtés de Vladimir Poutine et du président de la FIFA. La victoire écrasante de la Russie par 5 buts à 0 fut très durement ressentie en Arabie, où les images de MBS en compagnie de Poutine furent promptement censurées, ce qui accéléra leur diffusion virale sur les réseaux sociaux. Il fallait remonter à la déroute saoudienne face à l’Allemagne, victorieuse par 8 à 0 lors de la Coupe du Monde de 2002 au Japon, pour retrouver pareille humiliation. La série noire continuait le lendemain, avec le Maroc marquant contre son camp le seul but de son match avec l’Iran. L’Uruguay l’emportait ce même 15 juin contre l’Egypte encore privée de son attaquant mythique Mohamed « Mo “Salah, dont l’épaule se remettait lentement d’une récente blessure. Alors que la sélection saoudienne avait pris ses quartiers à Saint-Pétersbourg, l’équipe égyptienne s’était installée à Grozny, la capitale de la république russe de Tchétchénie, dirigée depuis 2004 d’une main de fer par Akhmat Kadyrov. Ce « tyran opportuniste », selon le portrait qu’en dresse « Le Monde », essaya naturellement de détourner à son profit l’extraordinaire popularité de Salah. En Egypte même, l’engouement phénoménal pour « Mo “en apprend moins sur le joueur lui-même que sur la cote en chute libre du président Abdelfattah Sissi, malgré sa « réélection “avec 97% des voix en mars dernier. Rappelons que le championnat national se déroule en Egypte hors de la présence du public, banni des stades depuis 2012 (des dizaines de supporters, engagés dans l’opposition révolutionnaire, avaient alors été massacrés à Port-Saïd). PAS DE MIRACLE L’entrée en jeu tant attendue de « Mo “Salah, le 19 juin face à la Russie, n’empêcha pas la victoire de celle-ci par 3 buts à 1. Le lendemain, le succès de l’Uruguay face à l’Arabie (1-0) aboutissait mécaniquement à l’élimination de l’Egypte. Et le Maroc, malgré une belle prestation devant le Portugal, le 20 juin, n’en fut pas moins battu par 1 à 0. Quant à la Tunisie, qui s’était déjà inclinée, le 18 juin, face à l’Angleterre (2-1), elle ne retrouvait pas de second souffle devant la Belgique, victorieuse ce 23 juin par 5 à 2. Sans attendre la fin de la phase des poules, il est désormais acquis qu’aucune équipe arabe n’atteindra les huitièmes de finales. La déception est sévère au Maroc et en Tunisie, où l’attachement pour les « Aigles de Carthage “commençait à peine à dépasser la loyauté des fans tunisiens envers leurs clubs respectifs. La chute est cependant bien plus dure pour l’Egypte, où le culte pour « Mo “Salah aspirait à rendre au Caire une place autrefois éminente dans un monde arabe aujourd’hui autant déprimé que divisé. Le paradoxe d’une dictature militaire bannissant les supporters de ses propres stades pour mieux les envoyer célébrer l’Egypte en Russie n’en est que plus cruel. La seule compensation des fans égyptiens pourrait être un succès des « Pharaons », le 25 juin, face… à l’Arabie. C’est ainsi MBS qui encaisse le plus cuisant échec dans sa volonté de promouvoir l’arme politico-diplomatique du football. Riyad avait encouragé le piratage systématique de la chaîne qatarie Be-In, ainsi privée de ses exclusivités dans la retransmission de la Coupe du Monde. Un tel piratage d’Etat, à la fois coûteux et choquant, ne saurait pourtant effacer en Arabie les images des « Faucons “étrillés en présence de MBS. Qu’à cela ne tienne: la Coupe du Monde 2018 n’est pas encore terminée que l’Arabie a déjà lancé une campagne de longue haleine pour que le Qatar ne puisse finalement pas organiser la Coupe du Monde 2022. Espérons en tout cas que cette Coupe là sera moins frustrante pour le football arabe et ses sélections nationales.