Hommage de NOS à Hakim Ziyech

Il vit ses derniers moments à Amsterdam avant d’embarquer pour l’Angleterre et Londres. Mais celui qui vient de s’engager avec Chelsea pour les cinq prochaines années s’est construit à une grosse heure de route de l’académie de l’Ajax, à la campagne.

Deux de ses formateurs du SC Heerenveen racontent comment l’ado Hakim est devenu Ziyech.

Celui qui l’a accueilli à son retour du Maroc en septembre 2003 et qui l’a «accompagné», des U13 jusqu’au U16 avant de devenir l’entraîneur adjoint de l’équipe première, décrit un garçon timide, évidemment bourré de talent et dont la confiance a grandi au fil des ans.

«Je l’ai rencontré pour la première fois alors qu’il venait juste de revenir du Maroc, c’étaient mes débuts en tant qu’entraîneur.

Nous avions d’ailleurs déjà débuté la saison quand il est arrivé. C’était un petit garçon timide, qui devait trouver sa place dans le groupe.

Mais oui, il était évident qu’il avait un don. Il n’a donc pas mis bien longtemps à s’intégrer. Personnellement, je l’ai eu quatre ans sous mes ordres et la vérité c’est que nous n’avons pas eu grand chose de particulier à faire avec lui en termes de gestion humaine.

Il fallait simplement lui laisser vivre sa vie, comme on devrait le faire pour chaque garçon. L’idée était qu’il vienne s’entraîner et qu’il s’amuse durant ces moments-là.

Et qu’il essaye de s’améliorer, bien sûr. Je n’ai en tout cas eu aucun problème avec lui.

Au niveau de son développement personnel, c’est son frère Faouzi qui prenait soin de lui et qui, je crois, a joué un rôle clé. C’est d’ailleurs lui qui l’emmenait tout le temps à l’entraînement et à nos matches.

Ce n’est qu’à l’âge de ses quinze ans que nous avons pu véritablement l’accueillir au sein de l’académie et le confier en quelque sorte à une famille d’accueil.

«Nous lui avons appris à prendre les informations rapidement pour qu’il puisse s’épargner certains duels»
Au niveau du développement de ses qualités de footballeur, nous lui avons bien sûr fait répéter certaines gammes, comme avec tous les joueurs, mais il était déjà très doué.

Je dirais plutôt qu’il fallait lui montrer que vous croyiez en lui, lui transmettre de la confiance. Et s’il fallait trouver autre chose je dirais que nous lui avons appris à prendre les informations plus rapidement encore afin qu’il puisse s’épargner de jouer certains duels.

Car son point faible c’était ça, le fait qu’il soit frêle. Mais sinon il avait déjà d’énormes qualités et notamment cette qualité de passe hors du commun (il soupire)… Je crois qu’il avait déjà ça à son arrivée, cette manière de toujours chercher à délivrer des passes tranchantes.

Puis ensuite il s’est mis à travailler sa frappe, les coups francs… Il avait déjà une patte gauche exceptionnelle et il l’a améliorée, d’année en année.

Parce qu’il faut savoir que Hakim était quelqu’un qui travaillait beaucoup à l’entraînement. Et qui vous faisait gagner des matches, aussi !

Je me souviens notamment que lors d’un tournoi de fin de saison le directeur de l’académie avait plaisanté avec Hakim en lui disant qu’il ne serait pas capable de nous faire gagner la compétition.

Le garçon l’a pris au mot et nous a fait gagner. Voilà, il avait pris confiance en lui. On avait donc bon espoir qu’il atteigne l’équipe première. Mais de là à imaginer qu’il allait réaliser une telle carrière…»

Actuellement en poste à De Treffers, en deuxième division néerlandaise, De Jonge a dirigé Ziyech deux saisons durant chez les u21. Par-delà l’anecdote du poulet, il se souvient d’un garçon attachant et dont le sens de la compétition s’est peu à peu aiguisé.

«La première fois que je l’ai vu, Hakim devait avoir 14 ans. Il venait d’intégrer l’académie et il était tout frêle.

Mais il avait déjà cette créativité et vous saviez donc qu’il avait potentiellement un grand avenir. Le fait qu’il soit petit et chétif aurait pu poser problème mais sa chance c’est que notre académie n’accordait pas une grande importance à ce genre de critères physiques.

Il y avait aussi ces quelques difficultés en termes de comportement mais il avait tout le reste. D’autant qu’au final ce sont souvent ces profils-là, peut-être un peu compliqué à gérer sur le plan mental, qui ont un truc en plus footballistiquement parlant.

Je ne saurais pas vraiment comment l’expliquer mais c’est souvent le cas. Et puis si des académies comme celles de l’Ajax Amsterdam peuvent se permettre de reléguer le talent au second plan tant ils ont de possibilité en matière de recrutement, tel n’était pas notre cas.

Mais attention, Hakim n’était pas si ingérable que ce que certains prétendent, pas du tout. Il était du genre à faire quelques blagues, disons.

Comme cette fois où il voulait dérober un poulet dans une ferme à côté de laquelle nous nous apprêtions à jouer pour ensuite le jeter dans le vestiaire (rires).

Une fois que j’ai compris ce qui se tramait, j’ai dû lui dire que ce n’était pas forcément l’idée du siècle…

«Il avait quelques difficultés à se repositionner pour aider l’équipe à la perte, c’est là-dessus que nous devions travailler»
Mais globalement, ce garçon devenait meilleur d’année en année, à mesure que son sens de la compétition se renforçait.

À mesure qu’il commençait à se développer physiquement et mentalement, aussi. Je ne veux pas le comparer à Johan Cruyff, loin de moi cette idée.

Mais si vous regardez des photos de ces deux joueurs jeunes, vous verrez des similitudes au niveau de la morphologie. Mais malgré ces lacunes physiques, Hakim était très dynamique, très agressif, et ça l’a aidé. Vous associez tout cela à un pied gauche exceptionnel et vous obtenez un top joueur.

Il faut bien comprendre qu’avec sa patte gauche ce garçon déposait le ballon là où il le voulait, quand il le voulait. Au poste de numéro 10, c’est le meilleur joueur avec lequel j’ai travaillé.

Mais ce serait mentir que de dire que je l’imaginais aller aussi haut. Il faut voir les pas de géants qu’il a accomplis ces dernières années (il soupire)… C’est incroyable.

Et ça, je le mesure au regard de la seule chose sur laquelle j’ai vraiment dû travailler dur avec lui. Je veux parler de cette phase de jeu que l’on appelle ici “le moment des funérailles” et qui désigne l’instant où l’équipe perd le ballon.

Il avait quelques difficultés à se repositionner pour fermer des passes, aider l’équipe à la perte, ce genre de choses.

Mais il a fini par apprendre et quand vous voyez ses derniers matches de Ligue des champions, vous mesurer le chemin parcouru. Il arrive désormais à courir beaucoup, ce qui signifie qu’il a progressé physiquement, mais aussi et surtout de manière intelligente. Il est devenu un joueur incroyable, tout simplement.»