sport marocain

Depuis des siècles, les activités physiques et sportives au Maroc bénéficient d’un ancrage socioculturel qui se manifeste dans des pratiques sportives traditionnelles reflétant des coutumes festives tribales ou des usages pour combattre l’ennemi.

Cependant, par manque de littérature, il est difficile de trouver des documentations sur l’histoire du sport au Maroc surtout avant l’indépendance. Les quelques ouvrages consultés présentent essentiellement des pratiques d’exercice corporel qui ne sont pas réellement des sports au sens moderne.

Dans un document sur l’histoire du sport au Maroc, Zerzouri (2006) se réfère au livre de Mazekeri (1951) sur la civilisation arabo-musulmane entre le Xème et XIIIème siècle. Il y décrit les pratiques sportives et les jeux physiques de la vie quotidienne des musulmans. Des

jeux collectifs à cheval –ancêtres du polo- étaient très pratiqués par les hommes à cette époque (les anglais ont introduit, depuis, en occident), ainsi que les courses de chevaux, le tir à l’arc, la natation, la lutte, et la chasse. Cette dernière pratiquait à l’arc, à l’arbalète, au lasso, au filet, à la sarbacane, au lévrier mais surtout au faucon, comme le signale Zerzouri, des terrains étaient aménagés à cet effet devant un grand nombre de spectateurs.

L’auteur rajoute que pendant cette période (Benabdallah, 2004), le Maroc a vécu des compétitions d’escrime ’’Moussayafa’’ ou ’’Moubaraza’’, de lancements de flèches à l’arc, des tirs à l’arbalète, ou des armes à trait. Il indique que les dynasties qui gouvernaient le Maroc à l’époque ont successivement donné de l’importance à la pratique d’exercice corporel.

En outre, le rôle de la femme musulmane et marocaine était toujours présent dans la compétition et dans les guerres, non seulement comme infirmière mais également comme véritable combattante devant l’ennemi en absence ou à côté des hommes manipulant avec maitrise les pratiques de guerre, le sabre, la lance flèche, et la course de chevaux.

La période d’avant l’indépendance était marquée par l’introduction de certaines pratiques sportives des sociétés occidentales : « Dès 1912, les sports modernes vont être introduits au Maroc, non seulement comme activités de loisirs des premiers colons, mais aussi et surtout comme exercices physiques de préparation militaire »1. Les premiers clubs sportifs au Maroc ont été fondés par les militaires dans les grandes villes.

En 1913, on en compte six : Union Sportive Musulmane (U.S.M.) de Casablanca, Union Sportive (U.S) de Fès, U.S. d’Oujda, U.S. de Marrakech, U.S. de Rabat-Salé et U.S. de Meknès. A cette époque, le sport au Maroc était marqué par une dépendance aux fédérations françaises. Zerzouri précise que « dès septembre 1940, il y a eu création du “Service de la Jeunesse et des Sports” (S.J.S.) qui dépendait de la Direction de l’instruction publique.

Avant cette date, les sports étaient régis par des Ligues rattachées aux Fédérations françaises dont elles étaient le représentant officiel au Maroc »2. Les jeunes marocains commencent depuis les années 1930 à participer et gagner les compétitions de cross-country organisées souvent par l’institution militaire.

À partir de là, des coureurs marocains ont réussi à intégrer les structures militaires pour participer à des compétitions internationales comme les Jeux Olympiques et le championnat du monde militaire de cross-country. Désormais, la course à pieds devient une spécialité pour les jeunes marocains. Selon Manuel Schotté, auteur d’un ouvrage intitulé :

« La construction du talent. Sociologie de la domination des coureurs marocains », la réussite des coureurs marocains représente pour les « leaders nationalistes une façon de prouver que les colonisés peuvent rivaliser avec, et même devancer les colons à leur propre jeu.

Ces leaders vont donc, à leur tour, conforter l’importance que revêt la course à pied au Maroc avant et après l’indépendance »3. Néanmoins, malgré le manque d’infrastructures et de cadres dans la gestion du secteur sportif après l’indépendance, le Maroc a été représenté par “Hadou Jadour“ et “Abdeslam Radi” dans de grandes compétitions depuis les années 1960.

Ce dernier a gagné la médaille d’argent au marathon des Jeux Olympiques de Rome, ainsi que ’’El Ghazi Zaaraoui’’ qui a remporté le championnat du monde de cross-country en 1966 à Rabat. Dans ce cadre, le palmarès olympique du Maroc affiché à nos jours est de vingt-trois médailles4. La société marocaine a donné naissance à de grands champions qui ont rapporté au Maroc une notoriété à l’échelle internationale notamment lors des championnats du monde et des Jeux Olympiques.

De ce fait, plusieurs champions ont contribué au développement du mouvement sportif marocain depuis les années 1970 et 1980. Le sport est devenu donc un phénomène de société, vu l’intérêt porté par le roi Hassan II au sport ainsi que l’organisation des Jeux Méditerranéens à Casablanca en 1983 ont suscité la reconnaissance du sport comme modèle de société dans les discours royaux.

Ci-après, un extrait du discours du roi Hassan II à l’occasion de la réussite sportive de Saïd Aouita et Nawal El Moutawakel aux Jeux Olympiques en 1984 : « Lors des Jeux Olympiques, le drapeau a été hissé avec Aouita et Nawal pour la première fois et beaucoup de spectateurs se sont demandés qui est ce Morocco parce qu’ils ne le connaissent pas. Ces gens là, ont connu plus ce Morocco par Aouita et Nawal que par son roi ».

Cet extrait reflète l’importance du lien entre la performance des sportifs et la gloire qu’ils pourraient rapporter à la patrie. Cette période est marquée par l’introduction de nouvelles disciplines sportives et la construction d’infrastructures modernes telles que le complexe sportif « Moulay Abdallah » inauguré en 1983.

Selon Mohamed Kaach, l’histoire du sport national peut être découpée en « quatre périodes distinctes »5 à savoir :

1956-1967 : « phase d’institutionnalisation »
1968-1980 : « phase de consolidation »
1981-1992 : « phase appelée : âge d’or du sport marocain »
1993-2002 : « phase de la recherche d’une affirmation internationale »

La première période est qualifiée « d’institutionnelle » (Kaach, 2008) à travers la création des principales structures sportives (clubs, comité national olympique marocain, fédérations, ligues). A partir de la fin des années 1960, la pratique sportive commence à s’introduire dans le milieu scolaire par la création des centres de formations des entraineurs et des professeurs d’EPS.

En 1974, l’institut des sports Moulay Rachid a été crée. Pendant cette période, le Maroc a instauré une école nationale d’athlétisme qui a participé à la formation et la production de plusieurs champions. Ces derniers ont réussi à monter le podium des plus grandes manifestations sportives internationales.

Par ailleurs, la première participation de l’équipe nationale du football à la phase finale de la coupe du monde à Mexico en 1970 a généré une grande popularité à la pratique du football dans la société marocaine par les différentes couches sociales, Kaach écrit : « les politiques avaient compris que le sport est un moyen de rayonnement et un puissant vecteur de communication et de développement »6.

Le Maroc était très présent sur la scène sportive internationale comme leader des pays africains et arabes, il a réussi dans l’organisation des premières manifestations sportives sur son territoire, à titre d’exemple : les jeux méditerranéens de 1983, les jeux panarabes de 1985, les jeux francophones de 1987, la coupe d’Afrique des Nations de football en 1988, les jeux de la paix de 1989…etc.

L’investissement du Maroc dans le champ sportif en termes de formation et d’organisation ont construit une identité sportive marocaine et une culture de pratique sportive à la fois de masse et d’élite. Cet engagement a donné ses résultats notamment dans la participation des sportifs de haut niveau marocains à l’échelle mondiale, en effet les médailles remportées par Nawal El Moutawakel

et Saïd Aouita7 lors des Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 ont donné un nouvel élan à l’épanouissement du sport et en particulier l’athlétisme. Durant les années 1980 et 1990, le parrainage et la publicité ont été déjà introduis dans le monde du sport où le Maroc a pris en 1994 l’initiative de présenter sa première candidature pour organiser la Coupe du Monde de football.

Si les années quatre-vingt (1981-1992) représentent l’âge d’or du sport marocain, la période 1993-2002 a montré que les responsables du sport national n’avaient pas trouvé la ligne de conduite pour une véritable politique sportive et les moyens adéquats pour assurer une bonne gouvernance.

Selon Kaach (2008), « cette période a connu un ministère sans visibilité, une absence d’une véritable stratégie sportive, une faiblesse du mouvement sportif national, des conflits d’intérêt et des commissions provisoires et une crise du modèle associatif »8. Cette période reste caractérisée par une faiblesse de conduite politique limitant ainsi l’évolution du sport national.

Une nouvelle période débute avec les Assises nationales du sport à Skhirat en 2008. Lors de ces assises, le Ministère de la Jeunesse et des Sports a lancé la « Stratégie Nationale pour le Sport à l’horizon 2020 » qui intègre cinq grandes orientations : la bonne gouvernance, la formation, les infrastructures, les partenariats et le financement du sport. Ladite stratégie s’appuie sur un programme d’investissement pour doubler le nombre de licenciés et donner au plus grand nombre l’accès aux infrastructures.

Dans le cadre de cette stratégie, douze disciplines ont été définies comme prioritaires : le football, l’athlétisme, la boxe, le taekwondo, le judo, le tennis, le karaté, le handball, le basket-ball, le volley-ball, la natation et les sports équestres. Ainsi que le projet de création de mille centres socio-sportifs de proximité intégrés (CSPI) à travers le Maroc a été prévu en partenariat avec les collectivités locales.

Après la discussion des principales phases de transition chronologique du sport marocain, nous pouvons établir ci-dessous une évolution de l’espace national des sports étalée sur trois étapes depuis l’indépendance à nos jours :

Etape 1 : Les premiers soubassements d’une marocanisation de l’espace sportif
Etape 2 : Espace sportif reconnu à l’international. Âge d’or du sport marocain : réalisation des titres sportifs internationaux dans plusieurs disciplines (Football, Athlétisme, Tennis, Boxe, Taekwondo, Full-contact et Kick-boxing…)
Etape 3 : Espace orienté vers le spectacle et le tourisme sportif. Depuis 2006, le Maroc a commencé son projet de professionnalisation du football ;

L’organisation de grands événements sportifs à dimension touristique (Grand Prix de Marrakech, Trophée Hassan II de golf, Grand Prix Hassan II de tennis, Rallye des gazelles, Marathon des sables, Meeting international Mohammed VI d’athlétisme)

L’exemple du Football

Nous retraçons ici l’histoire d’un sport très populaire, le football, symptomatique des transformations du sport au Maroc. La pénurie des écrits et des références historiques en la matière nous contraint de se référer à la version officielle affichée dans le « site web »9 de la fédération. Néanmoins, nous restons vigilants par rapport à ces informations en les comparants avec d’autres sources pour éviter le piège du discours d’affichage des réalisations.

Le site de la FRMF affiche une histoire descriptive des événements qui ont marqué le football marocain depuis les années du protectorat en indiquant les années de création de la fédération et des clubs avec les phases importantes de progression du championnat marocain ainsi que les meilleurs exploits de l’équipe nationale.

Le premier club crée était l’union sportive marocaine de Casablanca (USM) en 1913, à ce moment là la ligue du Maroc a envisagé la première compétition qui a démarré en 1916.

Cette période était reconnue par l’adhésion du Maroc dans le championnat d’Afrique du Nord où l’union sportive marocaine de Casablanca a pu remporter ce championnat en 1932. Larbi Ben M’Barek surnommé « la perle noir » était un attaquant exceptionnel et parmi les joueurs qui ont contribué à la réussite de ce club. Il a marqué non seulement l’histoire de football au Maroc mais aussi l’histoire du ballon rond en Afrique, en Europe, et dans le monde entier.

Par ailleurs, d’autres clubs marocains ont été crée pendant les années 1930 et 1940 comme le Maghreb football de Rabat en 1930, Maghreb football de Casablanca en 1938, le Maghreb de Fès en 1946, le Kawkab de Marrakech en 1947, ainsi que les deux grands clubs du championnat national d’aujourd’hui : le Wydad en 1937 et le Raja de Casablanca en 1949. Ces clubs ont été fondés par des militants nationalistes célèbres.

Dès l’indépendance en 1956, le championnat national a été lancé et aussi la coupe du « trône» : un championnat dont l’appellation est unique mondialement qui représente la monarchie comme système politique. Cette coupe est remportée pour la première fois par le Mouloudia club d’Oujda (MCO), un club composé de joueurs marocains et algériens. En 1960, la fédération du football a été officiellement affiliée à la fédération internationale de football association (FIFA). Elle adhère à la confédération africaine de football (CAF) en 1963.

Durant les années 1970, le championnat national était composé de 16 clubs. L’équipe nationale a remporté en 1976 l’unique titre de champion d’Afrique où Ahmed Faras a

décroché le premier « Ballon d’or africain » dans l’histoire du football marocain. En revanche, les clubs du championnat ont gagné plusieurs Coupes d’Afrique comme le club de Raja et le club de Wydad de Casablanca et le club des forces armées royales de Rabat qui représente une grande partie du sport militaire.

Zerzouri écrit à ce propos : « le sport militaire bénéficiait d’un service spécial dans le recrutement et la formation d’une manière professionnelle, les recrus étaient rémunérés en tant que soldat dans les forces armées royales du moment qu’ils accomplissent son devoir de bien se préparer pour représenter efficacement leur nation comme de vrais soldats en état de guerre. Ce sport était très bénéfique à la formation des sportifs de haut niveau dans certaines disciplines sportives comme le football, l’athlétisme, la boxe, l’équitation,…. »10.

En outre, l’équipe nationale de 1983 gagne la médaille d’or aux jeux méditerranéens, et dans les cinq participations de l’équipe nationale à la Coupe du monde en 1970, 1994, 1998, 2018, l’année 1986 reste gravé dans l’histoire comme premier pays africain qui se qualifie pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde au Mexique.

Depuis l’année 2006, le football au Maroc a commencé un processus de professionnalisation. Les recettes de sponsoring ainsi que l’apparition de nouvelles chaines nationales de sport ’’Arriadia’’ et l’augmentation des droits de diffusion des matchs de football à la télévision, ont favorisé en effet l’évolution de ce processus de professionnalisation.

Cependant, la lenteur d’application des lois en vigueur handicape la concrétisation véritable de la professionnalisation dans ses différentes dimensions. Le championnat national professionnel du football de première division porte le nom de la « Botola Pro ». Il est composé de 16 clubs où le club champion et le vice-champion sont qualifiés à la ligue des champions de la Confédération Africaine de Football (CAF), et les clubs dont le classement en troisième et quatrième place sont qualifiés à la ligue des champions arabes et à la Coupe de la CAF.

Le football marocain en chiffres

1970, 1986, 1994, 1998, 2018 Cinq participations à la Coupe du Monde
1976 Champion d’Afrique des Nations
1980 Troisième de la Coupe d’Afrique des Nations
1986 Premier pays africain 8ème-finaliste du Mondial au Mexique
1986 et 1988 Quatrième de la Coupe d’Afrique des Nations
2004 Deuxième de la Coupe d’Afrique des Nations sous la direction de l’entraineur marocain Badou Zaki Source : site de la fédération marocaine de football, (www.frmf.ma, consulté en août 2017)

Finalement, cet aperçu historique nous permet de relever les principales transformations de l’espace sportif national et plus particulièrement l’adoption de la professionnalisation du football au Maroc.

Cette évolution a entraîné en contre partie un changement collectif au sein de la société au niveau du supportérisme des jeunes dans les stades donnant naissance au premier groupe Ultra marocain en 2005 et aussi au niveau de la consommation des programmes sportifs audiovisuels dû également à la montée en puissance de la médiatisation du football à l’échelle planétaire.

Aujourd’hui, avec l’augmentation de la diffusion des matchs sur la radiotélévision, et la promotion des secteurs du sponsoring et du marketing sportif à travers notamment la grande ouverture sur l’espace économique et l’orientation vers le spectacle sportif, tous ces facteurs ont engendré en effet un changement de position social du sportif de haut niveau au sein de la société.

Autrement dit, la situation financière des footballeurs de la première division du championnat national s’est beaucoup améliorée ces dernières années au niveau des transferts, des contrats, et des salaires qui sont devenus de plus en plus importants.