Depuis la finale sulfureuse de la CAN 2025 et les polémiques qui l’ont précédés, une phrase revient avec insistance dans les discussions, sur les réseaux sociaux et dans les cafés : “Notre mentalité doit changer. On est trop gentils, trop accueillants et trop hospitaliers avec les Africains…”
Ce sentiment, autrefois minoritaire, est devenu l’expression d’un désamour assumé, presque un constat de rupture symbolique entre les marocains et une partie du continent qui était pourtant longtemps proche.
La finale et les comportements qui l’ont entourée ont agi comme un révélateur. Pour beaucoup de Marocains, le masque est tombé : ingratitude, hostilité et mauvaise foi ont éclipsé le fair-play que l’on attend d’un rendez-vous sportif. Le choc a été réel, parfois amer. Mais c’est précisément la réaction marocaine qui mérite d’être soulignée.
Car au lieu de se complaire dans la victimisation ou d’accuser éternellement les autres comme font certains, les Marocains adoptent une démarche profondément moderne : l’introspection. On observe une volonté de comprendre ce qui peut être amélioré, un désir de renforcer son modèle, de mieux se protéger, de revoir sa manière d’interagir, et de questionner le rapport parfois trop généreux entretenu avec certains voisins.
Cette capacité à se remettre en question est rare. Elle est le signe d’une maturité collective, d’une volonté de progresser en se fondant sur l’exigence plutôt que sur l’émotion.
Le Maroc n’en est plus à s’indigner du comportement des autres ; il aspire à se transformer lui-même. Et ce changement de posture en dit long sur l’évolution du pays. Il reflète une société qui s’élève, qui raisonne en termes de stratégie, de souveraineté et d’efficacité plutôt que de naïveté ou d’affects. Une société qui comprend que la bienveillance sans réciprocité n’est pas un modèle durable.
Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas un repli. C’est une clarification. Le Maroc assume son ambition, s’aligne sur les standards des nations avancées et adopte les réflexes des pays qui réussissent : maîtrise de soi, autocritique constructive, vision long terme, et capacité à ajuster sa politique comme son comportement collectif.
Sur le plan économique, industriel, diplomatique et désormais mental, le Maroc s’approche d’un niveau de maturité qui le distingue. La séquence de la CAN 2025 aura servi de déclencheur, non pas pour nourrir le ressentiment, mais pour réaligner les priorités et recalibrer la posture du Maroc vis-à-vis de son environnement.
C’est peut-être cela, finalement, le véritable tournant : le Maroc n’attend plus la reconnaissance des autres pour avancer. Il avance parce qu’il en a les moyens, la vision et la conviction. Et ce changement de mentalité pourrait, à terme, être bien plus déterminant pour l’avenir du pays que n’importe quelle victoire sur un terrain de football.

































