Finale de la CAN 2025 : Dans cette affaire qui dépasse largement le cadre du terrain, une question centrale mérite d’être posée : la justice doit-elle agir dans la précipitation simplement pour coller au tempo médiatique… ou doit-elle prendre le temps nécessaire pour établir les faits ?
Car ici, il ne s’agit pas d’une simple décision arbitrale liée à un fait de match. On parle d’éléments extra-sportifs, par définition complexes, qui nécessitent enquête, analyse et confrontation des versions.
Une prise de position qui interroge
Interrogé sur la décision du jury d’appel de la CAF de retirer le titre au Sénégal pour l’attribuer au Maroc, pays de ses deux joueurs Bilal Nadir et surtout Nayef Aguerd, acteur majeur du sacre, Habib Beye a exprimé son incompréhension, pointant notamment le délai de deux mois.
« Je ne pense pas qu’ils puissent retrouver le trophée et les médailles. […] J’espère qu’on en reviendra à la décision entérinée sur le terrain. C’est sûr que ça ne met pas en avant notre continent après les décisions que nous prenons dans nos institutions. La décision aurait dû être prise sur l’instant T. Tout le monde l’aurait compris. Là, il y a une incompréhension deux mois après. »
Une déclaration teintée d’ironie, mais surtout révélatrice d’un malaise plus profond. « La décision sera difficile à vivre pour les deux nations. » ajoute t-il alors que côté marocain, tout le monde est satisfait de cette décision tardive, aussi bien les supporters que les joueurs et les responsables. Et comme dit l’adage : Mieux vaut tard que jamais…
Le faux débat du “timing”
Le cœur du discours de Beye repose sur un argument récurrent : la décision arrive trop tard. Mais est-ce réellement le problème ?
Dans toute procédure sérieuse, notamment lorsqu’elle concerne des faits extra-sportifs, le temps est un facteur indispensable. Enquêter, recueillir des témoignages, analyser les responsabilités : tout cela ne se fait pas “à l’instant T”.
Exiger une décision immédiate reviendrait à privilégier l’émotion sur la rigueur. Autrement dit, rendre un verdict sans véritable instruction.
Une vision à géométrie variable de la justice
Ce qui interpelle davantage, c’est cette manière de conditionner la légitimité d’une décision à sa rapidité.
Faut-il comprendre qu’une décision rapide est forcément juste ? Qu’une décision tardive devient automatiquement suspecte ?
Ce raisonnement pose problème. Car il ouvre la porte à une justice d’opportunité, dictée par le contexte et la pression, plutôt que par les faits.
Entre posture et réalité
En évoquant une décision qui “ne met pas en valeur le continent”, Habib Beye adopte une posture institutionnelle. Mais dans le fond, son argumentaire évite la question essentielle : celle des faits reprochés et de leur gravité qu’il ignore pour dédouaner la sélection de son pays d’origine
Car au final, peu importe que la décision intervienne immédiatement, deux mois plus tard ou même un an comme lorsque le Sénégal a gagné son affaire face à l’Afrique du Sud. Ce qui compte, c’est sa conformité au règlement et sa solidité juridique. Mais, Beye et ses semblables n’ignorent, ou ne veulent pas en tenir compte pour donner du crédit à leur argumentaire.
La justice, qu’elle soit sportive ou civile, n’est pas une course contre la montre. Elle exige du temps, de la méthode et une certaine distance avec l’émotion. Réduire le débat à une question de timing revient à éluder le fond du dossier.
Et dans une affaire où les enjeux dépassent largement le cadre du terrain, c’est précisément ce fond qui devrait être au cœur des discussions et non le timing, argument caduque.




































