Dans le cadre d’une série sur les prodiges du football européen, le quotidien français L’Équipe zoome sur Mohamed Ihattaren, ce jeune joueur de 17 ans au coeur d’une bataille entre les fédérations marocaine et néerlandaise. Retour sur une trajectoire exceptionnelle.Toute une page est consacrée à Mohamed Ihattaren dans l’édition de ce vendredi du journal français L’Équipe. Le Maroco-Néerlandais fait partie d’une liste de « prodiges » à l’instar d’Ansu Fati (FC Barcelone), Karamoko Dembélé (Celtic), Joelson Fernandes (Sporting Portugal) et quelques autres.

À 17 ans, ce pur talent qui fait le bonheur du PSV Eindhoven (5 buts 6 passes décisives) n’a pas encore fait de choix quant à sa nationalité sportive, et fait l’objet d’une bataille entre le Maroc et les Pays-Bas. Voici son histoire.

Sacrifices familiaux
Né le 12 février 2002 à Utrecht, Ihattaren a été été recruté par le PSV à l’âge de 8 ans, alors qu’il était connu de tous les scouts (recruteurs) du pays. Il a d’ailleurs été inspiré par le parcours d’Ibrahim Afellay, qui était comme lui, un gamin de sa ville issu de l’immigration marocaine et qui a aussi fait ses débuts au PSV à l’âge de 10 ans.PSV Eindhoven

Mohammed Ihattaren répète toujours qu’il qu’il doit tout à sa famille. Originaire d’Al Hoceima, son père est venu aux Pays-bas en 1970. Il a travaillé dur au sein d’une entreprise de boissons pour subvenir aux besoins de ses enfants (cinq garçons et une fille).

Désormais « Mootje » (« P’tit Mo ») ne passera plus de coup de fil avant les matches. Dimanche matin, le crack du PSV (néerlando-marocain) a eu la douleur d’apprendre le décès de son père, Mustapha Ihattaren, des suites d’un cancer durant lequel il a tenu à veiller sur lui le plus possible. Dans l’après-midi, Mohamed n’avait évidemment pas le cœur à regarder la partie de son équipe contre Venloo (4-1). Tout un club a pourtant joué pour la mémoire de son père et pour lui, Steven Bergwijn envoyant notamment un baiser à la caméra pour son « petit frère » après son but en faisant un M avec les doigts.

“Mohamed est issu d’une famille unie et respectueuse qui lui a transmis les bonnes valeurs”, raconte l’ancien international marocain, Adil Ramzi, qui accompagne Ihattaren depuis toujours.

“Son quartier à Utrecht lui a servi dans le foot. C’est un lieu agressif, où il faut s’imposer. Je l’ai connu à l’âge de 14 ans et comme tous, j’ai immédiatement vu le diamant. Ce qu’il faisait avec son pied gauche était anormal, mais il était un peu potelé, nonchalant, trop facile, il aimait manger mais pas courir”, détaille-t-il.

À ses débuts, Mohamed Ihattaren faisait le déplacement chaque jour entre Utrecht et Eindhoven, soit 200km de route. Un périple. Il était accompagné par son frère aîné, Yassir, qui a dû abandonner son poste de professeur d’histoire pour aider son petit frère à réaliser son rêve de devenir footbaleur professionnel relate L’Équipe. Un autre frère à également mis fin à son activité de pharmacien pour être à la disposition de Mohamed.

Mais quand Mootje a eu 11 ans, le PSV a mis une maison à sa disposition. Ensuite, sa famille a fini par donner carte blanche au club, en mettant en garde le petit Mohamed. Son frère Yassir l’a même averti : “Si tu ne suis pas le plan, j’arrête. Moi j’ai laissé ma vie pour toi, il faut que tu partes dans le bon chemin”.

Les débuts chez les grands
En mars 2018, il signe son premier contrat professionnel avec le PSV, alors qu’il n’a que 16 ans. Deux mois plus tard, il remporte le championnat d’Europe avec la sélection néerlandaise des moins de 17 ans.

Au PSV, son coéquipier Olivier Boscagli, arrivé à Eindhoven cet été, a même comparé la précocité d’Ihattaren à celle de Kylian Mbappé, qu’il a connu dans les catégories de jeunes de l’équipe de France: “Il sait de quoi il est capable et il est ultra perfectionniste. Il cherche l’avis des gens sur ses performances et veut des critiques pour se corriger”, déclare le jeune Français à l’Équipe.

Maroc ou Pays-bas ?
Pré-convoqué au mois d’août par Vahid Halilhodžić puis appelé en sélection Espoirs des Pays-Bas, Mohamed Ihattaren a préféré remettre son choix à plus tard pour rester à côté de son père, décédé dimanche dernier. Le deuil passé, il devra se prononcer: continuer avec les Oranjes ou rejoindre les Lions de l’Atlas. Un choix difficile pour un jeune homme de 17 ans qui va devoir faire le tri entre ce que son pays de naissance a pu lui apporter, et ce que lui dicte son coeur, sans doute marqué par le poids des sacrifices familiaux et la perte du père.