Non seulement la qualité de jeu proposée en Botola est loin de faire vibrer les amateurs de football, mais en plus le championnat marocain est de moins en moins attractif, entre absence de stars, programmation loufoque et business modèle en panne.Un championnat en bois Petite question en guise d’échauffement. Saviez-vous que le champion du Maroc touche une prime misérable de 3 millions de dirhams? Oui, vous avez bien lu, 3 millions de dirhams. Les 16 clubs de Botola disputent 30 matchs par an, pour au final empocher juste de quoi s’acheter des cacahuètes. On comprend mieux pourquoi les cadors déboursent des sommes colossales à chaque mercato pour renforcer leurs effectifs. Ils ne jouent pas pour le prestige de finir champion, mais pour s’assurer de finir parmi les cinq premières places et garantir une participation en Coupe arabe des clubs, en Ligue des Champions ou en Coupe de la CAF.

Au moins dans ces compétitions, les primes sont plus juteuses. À titre d’exemple, un sacre en Coupe arabe, rebaptisée Coupe Mohammed VI, rapporte deux fois plus qu’un titre en Botola. Une programmation illisible Chaque année c’est la même histoire. Tout le monde connaît la date du démarrage de la Botola, mais par contre, sa clôture reste un vrai mystère.

Et pour couronner le tout, la LNFP programme la première journée avec 4 matchs reportés, en raison de la participation du Wydad, du Raja, de la RSB et du HUSA en compétitions CAF. Mais la commission de programmation ne fait que perpétuer les erreurs de la saison précédente. Un exercice entaché par des reports à répétition, de communiqués d’indignation de certains clubs, et même de menaces de retrait. Résultat: le classement est difficile à suivre. Le dernier au terme de la 3e journée peut redevenir 1er la journée suivante, parce que entre-temps il a joué ses matchs en retard.

Du grand n’importe quoi. Des anciens cadors qui font peine à voir S’il faut résumer la Botola en une phrase, ça serait: “le championnat, c’est les deux ogres casablancais, puis les autres”. Si cela peut paraître un peu dur, ça n’en est pas moins réaliste. Depuis quelques années, les autres cadors de la Botola, ceux qui pouvaient bousculer le Wydad et le Raja, tels l’AS FAR, le MAT et le DHJ sont loin de leur lustre d’antan. Le Moghreb de Tétouan, champion en 2012 et 2014, s’est maintenu en première division lors de la dernière journée de la saison dernière.

L’AS FAR et ses 12 titres de champion, n’a plus remporté le moindre sacre depuis 11 ans. Et enfin le Difaâ d’El Jadida est en reconstruction depuis le départ à la retraite d’un certain Reda Ryahi. Cependant, de nouvelles puissances émergent de temps à autres comme le FUS de Rabat (2018) et l’Ittihad Riadhi de Tanger (2019), qui sont parvenus à glisser leurs noms au palmarès entre trois titres du Wydad.

Où sont les stars?

Il fut un temps où chaque équipe de GNF1 (ancienne appellation de la Botola, ndlr) comptait dans ses rangs au moins un joueur de l’équipe nationale. Des Rachid Daoudi, Salaheddine Bassir, Abdeslam Laghrissi, Ahmad El Bahja, capables, à eux seuls, de remplir des stades et changer le cours des matchs. Aujourd’hui la donne a changé. Les internationaux se trouvent en Europe et les meilleurs Botolistes n’hésitent plus à aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, et surtout plus généreuse financièrement. Derniers exemples en date: les départs de Mouhcine Iajour et Zakaria Hadraf (Raja), Mehdi Berrahma (AS FAR) et Jalal Saoudi (HUSA), vers l’Arabie saoudite et le Qatar.

La relève en panne Laisser les “meilleurs” joueurs rallier les championnats du Golfe, pourrait s’expliquer par l’envie des clubs de donner plus de temps de jeu aux jeunes. Mais non. Les entraîneurs de Botola, tous ou presque des anciens gardiens, défenseurs ou milieux récupérateurs, ne font pas confiance aux joueurs issus des centres de formation. Ils préfèrent, pour garder leurs places le plus longtemps possible (c’est à dire plus de cinq mois à tout casser) miser sur l’expérience des vieux briscards, à qui ils imposent des consignes claires: ne pas encaisser de buts. Résultats: aucun spectacle, zéro suspense et des rencontres pourries. Et on se demande pourquoi la FRMF a du mal à « vendre » son championnat… Par Adil Azeroual