Les gagnants et les perdants de la première liste de Vahid Halilhodzic

«Je suis satisfait de l’état d’esprit des joueurs qui ont livré une belle performance lors des deux derniers matchs amicaux ». Ce discours policé, c’est Vahid Halilodzic qui en a été l’auteur, lors de la conférence de presse qui a suivi la victoire de l’équipe nationale contre le Niger (1-0) à Marrakech, mardi soir, sur une frappe décochée des 20 mètres par Walid El Karti.
En même temps, impossible pour le sélectionneur national de dire autre chose ou de commencer à tirer à boulets rouges. Par contre, nous ne sommes pas obligés de le croire sur parole. D’autant plus qu’il est difficile de concevoir qu’il a été satisfait de l’ensemble des internationaux qu’il a eu sous la main. Après les deux matchs amicaux contre le Burkina Faso (1-1) et le Niger, il ne fait aucuns doute que certains joueurs ont marqué des points tandis que d’autres en ont perdu. Pour vous, Libé vous dévoile les gagnants et les perdants du rassemblement en équipe nationale.

Les gagnants
La charnière
El Yamiq-Feddal
Ce n’est pas qu’Abdelhamid ne mérite pas de figurer dans cette catégorie, mais la complémentarité des deux ex-pensionnaires du championnat marocain fut marquante. En un peu plus de 90’ passées sur la pelouse mardi soir, El Yamiq et Feddal ont livré une prestation de haute volée. Certes elle a été un peu ternie en fin de match par quelques erreurs individuelles surtout venant de Feddal, mais dans l’ensemble, la charnière centrale marocaine a donné plusieurs garanties. Autoritaires dans les duels, juste dans leurs placements avec une relance de qualité, les deux compères ont fait oublier les absences de Saiss et Benatia. Quand bien même le Niger n’est pas une foudre de guerre, ils n’ont laissé que des miettes aux attaquants adverses. Ces derniers n’ont d’ailleurs tiré qu’une seule fois en direction du but. Si les qualités du gaucher du Bétis Séville sont connues depuis longtemps, la mue opérée par El Yamiq est quant à elle plus surprenante. Son exil au Génoa au même titre que son prêt en Série B au Pérouse AC, lui ont fait un bien fou. Il y a comblé ces lacunes tactiques tout comme il s’est étoffé physiquement. Bref, le duo a de beaux jours devant lui à condition de le revoir en action, dès octobre si possible.

Sofyan Amrabet
Personne ne s’attendait à ce que Vahid Halilodzic fasse plus confiance à S. Amrabet qu’à son grand Nourredine Amrabet. Et pourtant, on dirait bien que Coach Vahid est tombé amoureux de l’abattage et de l’agressivité de celui qui vient de rejoindre l’Hellas Vérone en série A, en témoigne son temps de jeu à l’issue des deux récentes rencontres puisqu’il a disputées en entier. Et ce n’est pas le fruit du hasard. Le sélectionneur national aime les joueurs du devoir accompli. Les travailleurs acharnés. Et Amrabet en fait partie. Grâce à lui, l’équipe nationale a trouvé un équilibre notamment au niveau de la transition attaque-défense. Il a récupéré un nombre incalculable de ballons et gagné des duels importants dans l’entrejeu. En revanche, la seule ombre au tableau réside dans son manque de qualité technique quand il a le ballon. Sa science de la passe est très approximative. Cela pourrait être rédhibitoire si le technicien bosnien envisage de mettre en place un plan de jeu tout en possession. A contrario, S. Amrabet ferait l’affaire et pas qu’un peu.

Walid El Karti
« Walid El Karti a été la belle surprise de cette rencontre ». Vahid Halilodzic n’a pas tari d’éloge au moment d’exprimer le fond de sa pensée concernant l’unique buteur du match de mardi. En le décrivant comme joueur intéressant, talentueux et qui a encore beaucoup de choses à montrer, Coach Vahid lui laisse entendre qu’il compte sur lui. En tout cas, il a été le meilleur joueur sur le terrain contre le Niger. Par ses appels incessants et sa générosité de chaque instant, le milieu de terrain du WAC a confirmé que les botolistes ne sont pas que des faire-valoir. Il a certes perdu quelques ballons dans les petits espaces notamment, mais son abattage fut impressionnant. Et il est certain qu’il continuera sur cette lancée car pour la première fois depuis quatre ans, le droitier a enfin eu de vraies vacances pendant l’intersaison.

Adel Taarabt
Alors lui, c’est la plus grosse surprise de ce rassemblement. Pourquoi ? Tout simplement ce n’est pas uniquement car il a été désigné capitaine mais aussi parce qu’il est devenu méconnaissable. Pour le public marocain, Adel Taarabt, c’est un artiste. Un virtuose du ballon rond, capable d’enchaîner les petits ponts comme les petits pains. Mais ce temps-là est révolu. En 95 minutes cumulées lors des deux matchs amicaux, il a été d’une immense simplicité. Il a fluidifié son jeu et par la même celui de la sélection, tout en étant plus impliqué à la récupération. A l’origine de la mue du passeur décisif pour El Karti, son écartement du groupe pro de Benfica la saison dernière. Un journaliste portugais nous a expliqué qu’il a été envoyé en réserve à cause de soucis disciplinaires et autres polémiques, par le président qui lui a d’ailleurs signifié qu’il ne porterait plus jamais les couleurs du club lisboète. S’ensuit une rencontre de Taarabt avec l’entraineur de la réserve Bruno Lage. Elle fut salvatrice pour le Marocain. Lage lui a fait confiance, en lui redonnant une chance. En début de saison, en prenant les commandes de l’équipe première, Bruno Lage a demandé la réintégration de Taarabt qui «avait enfin compris que l’unique façon pour lui d’être compétitif au haut niveau, c’est de simplifier son jeu au maximum», conclut le journaliste portugais.

Les perdants
Mettre Ziyech dans cette case serait contre-productif. Son talent et apport sur le terrain contrebalancent largement sa proportion récente à paniquer au moment de tirer des penaltys. Mais il ne faudrait pas que cela devienne une habitude. Il ne faudrait pas non plus que cette mauvaise habitude impacte son jeu. Ce qui est un peu le cas vu qu’il cherche sans cesse à marquer quand le jeu lui intime de faire marquer un coéquipier. A contrario, N. Amrabet a perdu clairement des points. Sur la pelouse, il a été beaucoup trop nerveux et approximatif dans ses choix. Fajr a été trop neutre et n’a rien apporté dans l’entrejeu. Idem pour Chafik, Allioui et Harit. Si on ne les revoit pas, on ne sera pas surpris. Quoique Harit et Allioui aient encore de beaux jours devant eux.