A la poursuite de Nordin Amrabat

La marque d’un type qui en a décidément dans le bide. Peut-être parce que Nordin Amrabat a déjà beaucoup vécu. Son histoire, c’est d’abord celle de milliers de familles marocaines qui ont émigré aux Pays-Bas dans les années 1970. À l’époque, le grand-père de Nordin quitte le Maghreb et trouve du travail dans une fromagerie hollandaise. Son fils, Mohamed, le père de Nordin, l’y rejoint rapidement. La famille Amrabat s’installe à Huizen, en Hollande-Septentrionale. Mohamed prodigue alors à ses fils, Nordin et Sofyan (qui deviendra lui aussi international marocain), une éducation stricte, où le football ne prendra jamais trop le pas sur le reste. Notamment sur leur éducation religieuse. « La foi est une ligne directrice importante dans ma vie » , déclarait Nordin à Sportweek en 2008. Amrabat ne fume pas, ne boit pas et donne 2,5% de ses revenus à des organisations caritatives et à sa famille au Maroc. Son plaisir, le joueur le trouve principalement dans le foot. Notamment celui qui se joue dans la rue, sans contrainte, ni consignes. « J’ai eu une très belle enfance, qui consistait principalement à jouer au football dans la rue, oui… Ce fut une époque merveilleuse, celle où vous vous sentez libre dans votre tête en faisant ce que vous aimez. »

« Oui bonjour, Nordin Amrabat. Vous cherchez toujours quelqu’un pour laver la vaisselle ? »

Néanmoins, Amrabat est rapidement repéré par l’Ajax, dont il intègre les équipes de jeunes. Mais à 16 ans, freiné par des blessures, il se voit congédier par la direction des Lanciers. Tout se casse la tronche pour Nordin, qui doit tout reprendre à zéro. Un mal pour un bien. « Grâce à ce revers, je sais maintenant comment les choses se passent dans la société. Je suis sorti du système à l’âge de 16 ans, alors que, à cet âge-là, les garçons dans le milieu du football ne s’intéressent vraiment qu’à ça. » Lui doit désormais penser différemment. Les trois années qui suivent, il évolue dans des équipes amateurs, au HSV De Zuidvogels et au SV Huizen. Surtout, en parallèle, Nordin cravache. Il a trouvé du boulot dans un restaurant étoilé local, le Spandershoeve, à Hilversum, toujours au nord du pays. « J’avais un travail à temps partiel au restaurant de Spandershoeve, oui. J’ai pris simplement mon annuaire téléphonique et j’ai appelé : « Oui bonjour, Nordin Amrabat. Vous cherchez toujours quelqu’un pour laver la vaisselle ? » Après une demi-année à faire la plonge, j’ai été autorisé à faire des desserts. Je pense qu’ils ont vu du potentiel en moi. »