Deux événements récents liés au football doivent nous amener à réfléchir sur son poids dans notre société et dans notre politique africaine. Le comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations a lancé il y a quelques semaines, une plateforme en ligne pour l’achat des billets du tournoi, qui aura lieu du 21 juin au 19 juillet prochain en Égypte.

Le Maroc s’est alors rendu compte que la “RASD” était présente parmi les équipes. La placer alors qu’elle n’est membre ni de la CAF, ni de la FIFA, est un acte très grave et prémédité. Il démontre, par ailleurs, l’importance de la “géopolitique du football” tel que Pascal Boniface l´exprime: “le football est un élément constitutif des relations internationales contemporaines que l’on ne peut plus limiter aux seules relations diplomatiques entre Etats. Il n’est, en effet, pas d’aspect desdites relations qui ne puisse être appliqué au football”.
Le football est plus qu’un sport sur le plan international pour des raisons financières, sociologiques et donc géopolitiques. Les exemples ne manquent pas. De l’utilisation du PSG comme vitrine pour le Qatar, dans un Moyen-Orient complexe, à l’impossibilité pour le joueur arménien Mkhitaryan de participer à la finale de l’Europa League en Azerbaïdjan, en passant par le débat sur l´avenir du FC Barcelone si la Catalogne venait à obtenir son indépendance.
Cela démontre également la position ambiguë du régime de Sissi vis à vis de notre cause nationale. En effet, ce n’est pas la première fois, ces dernières années, qu’il agit contre nos intérêts au Sahara. On se rappelle de l´accueil que les Égyptiens ont réservé à une délégation du Front Polisario à Charm El Cheikh lors d´une conférence parlementaire arabo-africaine, en 2016. Ou encore lorsque le Maroc avait formulé son intention de réintégrer l’Union Africaine, Le Caire avait refusé de signer un document demandant à cette organisation régionale de suspendre la participation de la “RASD”, document pourtant signé par 28 pays.
Le dernier exemple en date fut la finale de la Champions League entre le Wydad Casablanca et l´EST. Le scandale de la VAR semble désormais laisser la place à des enjeux politiques internes en Tunisie puisque le chef du gouvernement Youssef Chahed a défendu ses forces de sécurité sur Twitter et Hafedh Caïd Essebsi, président du comité central du parti Nidaa Tounes et fils du président de la République, a affirmé sans plaisanter : “Nous faisons face à une affaire d’État par excellence, avec un préjudice grave et sans précédent pour le prestige de l’État tunisien devant l’opinion publique nationale et internationale”. Précisons que la Tunisie entre en période électorale et la surenchère nationaliste est de mise. La finale sera rejouée sur terrain neutre et il s´agit de la meilleure décision possible.
Le Maroc a compris l’importance du football en Afrique et une partie de sa diplomatie régionale s’appuie sur le soutien à certaines fédérations faiblement dotées. De plus, le président de la FRMF, Faouzi Lekjaa, mène une stratégie efficace, tant sur le plan interne que régional. Le football est bien plus qu´un sport et ces événements le prouvent.