«Tu bosses, tu bosses et tu bosses. Avec la sélection, ce furent mes trois années les plus difficiles. Les entraînements étaient beaucoup axés sur le travail physique, à l’ancienne». C’est ainsi que l’international algérien, Mehdi Lacen, se souvient de l’époque où Vahid Halilhodzic était son sélectionneur. Et ce n’est pas tout. Dans une série d’articles consacrés au coach bosnien au moment où il prenait les commandes du FC Nantes, plusieurs internationaux passés sous ses ordres ont confié au quotidien sportif ‘’L’équipe ‘’, leurs souvenirs et anecdotes, dressant un portrait plutôt reluisant du management adopté par le Bosnien. Enfin presque.
A 67 ans, Vahid Halilhodzic ne cherche plus à occulter sa réputation d’homme de caractère. De retour en France pour fuir la guerre de Bosnie qui a failli lui coûter la vie, le jeune joueur du FC Nantes puis l’entraîneur se forge une réputation à la mesure du personnage. Son intransigeance servie par un puissant accent et son sens de la formule séduisent les guignols de l’info qui lui consacrent une marionnette en 2001. Après plus d’une décennie passée à écumer les bancs de Ligue 1 (Rennes, PSG,…), avec une réussite mitigée (une Coupe de France en 2004), il endosse le costume de sélectionneur à la tête de la Côte d’Ivoire. L’ancien milieu Emerse Faé se rappelle : « Sa force, surtout dans une sélection africaine où on faisait l’équipe en fonction du prestige de ton club, c’était de s’en moquer, malgré les pressions extérieures. Pour lui, on était ivoirien, il n’y avait pas de statut. Il était déconnecté de tout ça ».
Autrement dit, avec coach Vahid, il n’y aura aucun passe-droit. Preuve que d’un pays à l’autre, la méthode ne change pas, Abdelhafid Tasfaout, ex-manager de la sélection algérienne s’accorde : «Il n’y avait plus de stars, de nom, tout le monde était sur un pied d’égalité, que tu t’appelles X ou Y. Djebbour avait beau jouer en Ligue des champions, le natif de Mostar n’hésitait pas à titulariser un joueur local comme Slimani qui faisait énormément d’efforts car il voulait sortir de l’Algérie (il quitta Belouizdad pour le Sporting de Portugal)».
Alors que la sélection algérienne restait sur une Coupe du monde ratée, Halilhodzic n’a donc pas hésité à écarter des cadres influents, mais à ses yeux trop installés. Un constat né d’une réunion qu’il avait organisée dès sa prise de fonction. Il organisa un stage – ce qui tend à expliquer la récente liste élargie – histoire de sonder les hommes. Il a découvert qu’il y avait deux camps : les résignés à faire le nombre et ceux qui se pensent indiscutables. Sans se gêner, il remit tout à plat.
Son expérience algérienne a duré trois années au bout desquelles Vahid Halilhodzic a laissé gravé à jamais, un souvenir impérissable dans la mémoire collective des Fennecs. S’il est parfois décrit comme austère, c’est aussi un passionné qui bosse sans arrêt. «Il nous gardait dans sa chambre pour regarder deux matchs de suite, on en avait marre, il était à fond dans son job», se remémore Tasfaout. Et ensuite, parce qu’il est impliqué corps et âme dans sa mission. «Il faut voir tout ce qu’il a apporté à la sélection. Pour notre centre d’entraînement, il avait obtenu qu’on ait un centre médical, que le jardinier du camp vienne superviser les terrains. Entre mon arrivée en sélection et ma retraite internationale, on a fait un progrès fou», souligne Mehdi Lacen.
Ces souvenirs élogieux de Mehdi Lacen ont malgré tout survécu à une discussion entre les deux hommes. Très franc et direct, Halilhodzic n’a pas hésité à lui lancer : « Si tu ne joues pas à Getafe, tu ne pourras plus venir ». Par contre, ce n’est pas tout à fait le même son de cloche du côté d’Anthar Yahia, son ancien capitaine algérien : « Je suis très reconnaissant de ce qu’il a fait pour la sélection, avec sa méthode respectable, qui a eu des résultats. Mais j’ai regretté de ne pas avoir échangé avec lui en tant que capitaine ». Une absence de communication et un management à sens unique qui, là encore, n’ont pas terni l’image du Bosnien auprès des joueurs qui l’ont côtoyé. Ils lui vouent un respect illimité. Aujourd’hui encore, ils le qualifient de «Coach Vahid». Un constat aux antipodes de celui qui définit ses liens avec ses dirigeants. Avec la Côte d’Ivoire, l’Algérie et le Japon, si le Bosnien s’est, à chaque fois, qualifié pour la Coupe du monde, il a été viré deux fois, quelques semaines avant le début de la compétition, à cause de relations tendues. Il ne l’a donc disputée qu’avec les Fennecs en 2014.
Tout d’abord, au Japon, Vahid doit faire avec un nouveau président. Et comme il a pour habitude de faire fi des statuts, les sponsors tremblent à l’idée de ne pas voir en Russie les stars nippones. Ensuite, en s’attaquant aussi aux ego ivoiriens, il s’est mis à dos certains joueurs. Résultat, il a sauté après un quart de finale de CAN perdu contre l’Algérie.
En somme, le management de Vahid Halilhodzic a de tout temps été apprécié par ses joueurs contrairement à certains de ses dirigeants. Mais s’il divise, il n’en reste pas moins un sélectionneur qui sait mettre un peu d’eau dans son vin pour s’adapter aux particularismes locaux comme le souligne Emerse Faé : «Lors de son premier match, dans le vestiaire, il y avait de la joie, des chants, de la musique, on n’était pas très concentré, il a été surpris, il ne savait pas s’il devait intervenir ou pas. Alors il a fait semblant de se plonger dans son livre. Mais on l’avait capté, il nous observait du coin de l’oeil, il n’a pas lu une page. Il mourait d’envie de nous faire une réflexion mais il savait qu’il aurait commis une erreur».