Vahid Halilhodzic: Nous devons souffrir tous ensemble pour atteindre nos objectifs

Présenté au siège de la FRMF jeudi, le nouveau sélectionneur national, Vahid Halilhodzic, est longuement revenu sur sa méthode basée sur «le travail et la souffrance». Pour le technicien, «l’objectif principal est de se qualifier en Coupe du monde», mais il précise qu’il ne connaît pas suffisamment encore les joueurs. Vahid martèle que son choix de travailler au Maroc n’est «pas du tout motivé par l’argent.»

On s’attendait à un personnage qui n’a pas sa langue dans la poche. Force est de constater que Vahid Halilhodzic, nommé jeudi au poste sélectionneur du Maroc par la FRMF, ne s’est pas dérobé. Après la présentation et l’échange de cordialités avec le président Fouzi Lekjaâ, le technicien de 67 ans a tout de suite annoncé la couleur. «Vous avez vu les objectifs que le président a fixés et qui sont très élevés, a rappelé Vahid. En même temps, c’est un peu normal parce que le football marocain mérite sa place parmi les meilleurs en Afrique. En Coupe du monde, c’est un peu différent, mais pour moi c’est l’objectif principal.» Mais un peu plus d’un mois après la désillusion de la CAN en Égypte, l’équipe nationale ne saurait faire l’impasse sur le tournoi continental. «Je sais que tout le monde est un peu frustré. Je connais la situation et, d’habitude, j’arrive quand les équipes doivent remonter et où je dois faire des changements et améliorer… Prendre en main l’équipe nationale du Maroc est un énorme challenge et un grand plaisir.» Impossible de ne pas évoquer l’aspect financier. Si le président Lekjaâ a précisé que le technicien toucherait une mensualité de «800.000 DH en plus de primes variables en fonction de l’atteinte des objectifs», Vahid minimise la part qu’a pu avoir l’aspect financier dans son choix. «Je connais la valeur de l’argent et je sais que c’est important. Mais je ne suis pas là pour ça. Si ça ne tenait qu’à l’argent, je ne serais pas du tout au Maroc. On m’a proposé beaucoup plus que ça. À Nantes, je touchais trois fois plus et ailleurs au moins dix fois plus.»

Le Burkina Faso et le Niger en septembre
Vahid, qui a paraphé son contrat jeudi en matinée, regrette que son arrivée coïncide avec les différents rendez-vous des équipes nationales U23 et locale. Le coach n’a pas non plus en tête les noms de ses différents collaborateurs. «En équipe nationale, les staffs technique et médical sont très importants. Je ne sais pas encore qui va arriver et qui va partir. Mais il faut qu’ils soient performants.» L’amour que porte le Franco-Bosnien pour le succès est intact depuis son passage au Raja, il y a un peu plus de deux décennies. «J’adore gagner et la défaite me rend malade. C’était déjà le cas avec le Raja, il y a vingt ans, et c’est encore pire maintenant.» Même affection pour le travail, auquel il faut s’y «mettre tout de suite», car les dates FIFA arrivent dans quelques semaines. «Il faut déjà faire une liste de pré-convoqués», précise Vahid. «Il y aura pas mal d’absents qui seront en équipe U23 ou avec les locaux. Pour l’instant, je n’ai pas idée des noms qui seront là» pour affronter le Burkina Faso et le Niger. Une certitude est cependant inamovible dans l’esprit du nouveau sélectionneur. «Le succès se prépare en travaillant. Il peut ne pas arriver tout de suite, mais quand vous faites un travail bien préparé et bien pointu, avec beaucoup de rigueur et d’abnégation, vous atteignez votre objectif.» Vahid se projette déjà dans sa relation avec les joueurs. «On va travailler, on va discuter, on va se fâcher et on va se faire plaisir.»

Pas de place gratuite en équipe nationale
Le débat sur les joueurs locaux et ceux évoluant à l’étranger s’est invité à la rencontre. Pour Vahid, le fait que «des clubs marocains ont remporté des titres, disputé des finales dans les coupes interclubs africaines, veut dire qu’il y a de bons joueurs au Maroc.» Il pense également aux jeunes joueurs qui pourraient être appelés à renforcer l’équipe depuis l’Europe. «Il y a un jeune de 17 ans qui va jouer en première équipe au PSV. On ne sait pas encore s’il va jouer avec le Maroc. On va donc devoir étudier tout ça. Je vais passer beaucoup de temps à visionner les cassettes, parce que je ne connais que les joueurs qui ont disputé la Coupe du monde et la CAN. J’ai déjà regardé 10 ou 11 matchs de la sélection et j’ai déjà mon point de vue.» Cela ne veut pas dire pour autant que les mêmes éléments seront rappelés, voire obtenir un passe-droit, même s’il n’aura une équipe bien précise que d’ici décembre. «Il y a plusieurs joueurs leaders, qui commencent à prendre de l’âge et qui jouent dans des pays où il n’y a pas de football de haut niveau. Il faut discuter avec tout le monde. Il y a des critères très élevés pour les joueurs qui veulent jouer en équipe nationale, mais personne n’a droit à une place gratuite. En Algérie par exemple, j’ai fait appel à un joueur qui joue pour un club qui n’a jamais eu personne en équipe nationale. Dans une sélection, c’est facile de rejeter. Les joueurs devront respecter un certain nombre de choses et être performants sur le terrain.»
Un petit message adressé au public était quand même de rigueur. «Vous savez, j’ai côtoyé des Marocains partout où je suis allé et quand ils ne sont pas contents, ils vous le disent franchement. De mon côté, j’ai promis au président qu’il y aura beaucoup de travail. Je sais qu’il y aura des gens qui ne vont pas adhérer à mon discours, mais ça va s’améliorer. J’ai vécu cela partout où j’ai été, sauf au Japon où tout était cadré, tout le monde était là à temps.»
Tout ce que Vahid exige, c’est le respect et «qu’on commence à parler de football puisque tout le monde connaît mon salaire maintenant.» Il termine sur une affirmation qui pourrait devenir historique : «Le football est un jeu intéressant, mais très compliqué. C’est plus facile qu’on le pense, mais c’est très difficile à appliquer, humainement et sportivement. C’est une science inexacte.»