Plus de 320 matchs en tant que professionnel, 68 sélections avec les Lions de l’Atlas et une 15aine de buts inscrits, dont 3 avec la sélection nationale. Il s’agit de l’ex international Marocain, Abdessalam Ouaddou qui, désormais, aspire à devenir Entraineur Manager de Football.

Un premier poste d’adjoint de l’équipe réserve de l’AS Nancy-Lorraine depuis 2014 .Une licence A UEFA obtenue en juin 2015. En Septembre prochain une alternance entre une formation de Manager au Centre de Droit et d’Economie du Sport de Limoges.
Lions de l’Atlas : Hormis l’épisode Qatari et avec le recul, comment juges-tu tes choix de carrière de footballeur ? Des regrets particuliers ?
Abdesslam Ouaddou : Bonjour, globalement satisfait car les choix ont toujours été les miens guidés par la confiance et l’honnêteté qui pouvait s’installer entre mes dirigeants et moi. Dans la plupart des clubs fréquentés, J’ai toujours eu une relation de confiance avec mes dirigeants à une ou deux exceptions près et les joueurs. Ce sont des mots qui me sont chers, des valeurs auxquelles je crois.
Comme je n’ai jamais eu d’agent dans ma carrière j’étais au-devant de tous les protagonistes influant des clubs, je pouvais donc sentir les choses. Se retrouver à l’âge de 21 ans devant Mohamed Al Fayyad ou à 24 ans devant Mr Pinault, afin de négocier mon contrat c’est sûr qu’il fallait être prêt !
Et puis une chose importante, j’ai toujours pris du plaisir dans la plupart de mes clubs, je n’ai jamais eu l’impression de faire mon métier, plutôt une passion à laquelle j’ai allié rigueur et professionnalisme.
 
Tu aurais pu avoir une fin de carrière moins mouvementée mais il y a eu l’expérience Qatarie. Comment gères-tu cette expérience ?
Il y a forcément des hauts et des bas dans une carrière, au Qatar, nous nous sommes qualifiés pour la ligue des champions asiatique en remportant le titre 2011 avec Lakhewyia, alors que le Club venait d’accéder pour la 1ère fois en 1ère division. Cela reste donc un bon souvenir. Le Qatar est un beau petit émirat qui a la volonté de se développer dans plusieurs domaines et ainsi asseoir son leadership dans cette région du Golf. Je suis certain qu’ils auront les applaudissements de toute la communauté internationale en réformant certaines pratiques dominatrices et oppressantes. De cette aventure, j’en tire forcément une expérience mitigée.
 
Désormais, tu te prépares pour embrasser une carrière d’entraineur-manager, vas-tu continuer ton combat contre les pratiques Qataries ou vas-tu te concentrer uniquement sur ta fonction future ?
Je vous disais un peu plus haut que j’avais certaines valeurs et convictions qu’il ne faut pas confondre avec de l’obstination. Lorsque nous sommes sur un terrain de football ou sur un banc en tant qu’entraineur, nous véhiculons certaines valeurs du sport. Comment pouvons-nous dans un sens inculquer des valeurs de respect, fair-play, solidarité, tolérance et mixité sociale, des valeurs que seul le football peu réunir et dans un autre côté, rester indifférent face à des centaines de personnes qui meurent en construisant des stades dans lesquelles une coupe du monde va probablement se jouer . Je suis contre l’exploitation de n’importe quel être humain.
Les hommes changent mais l’évolution de notre football national avance toujours d’un pas pour mieux reculer de 3, avec toujours le même constat d’échec sportif malgré les efforts déployés. T’smssir en sélection A (et pire en catégories inférieures), les mêmes lacunes au niveau formation malgré les Pim et Morlans, les mêmes querelles d’intérêts au sein de la FRMF,… As-tu un avis ou un commentaire sur ce constat ?
Ce qui est regrettable est le manque de régularité qui nous fait défaut depuis quelques temps ainsi qu’une certaine influence extérieure sur le choix des joueurs sélectionnés dans certaines catégories. Pour une question de professionnalisme et d’équité, les staffs techniques devraient avoir une certaine indépendance et neutralité dans leur choix. Cela serait un signal fort envoyé à tout joueur qui aimerait porter le maillot des Lions. Aucun passe-droit, seuls la performance et l’état d’esprit primeraient.
J’en parle par expérience car en 1999, lorsque je jouais en équipe Olympique, j’ai été victime de ces agissements par Mr Lkhaidre juste avant les JO de Sydney. Cependant je peux dès maintenant vous garantir qu’avec la méthodologie et la philosophie qui sont en train d’être mises en place par la DTN, ces mauvaises habitudes sont amenées à disparaître, en tout cas chez les sélections de jeunes. Car lorsque je vois des éléments qui n’ont pas eu de Club pendant 1 an, être sélectionné avec la sélection, c’est limite une faute professionnelle et un manque de respect à des joueurs qui se battent tous les week-end avec leurs clubs pour être performants et ainsi espérer faire partie des tops. Il faut redonner ce prestige à notre équipe nationale, c’est une vitrine pour un pays et son peuple.
 
Objectivement, que pense-tu des derniers matchs de l’équipe nationale avec Zaki, ton sélectionneur de 2004 ?
J’ai l’impression que l’équipe se cherche encore un peu, surtout en phase de progression et finition. Cette équipe est encore perfectible et manque de liant, notamment dans les phases de transitions offensives et défensives. Ce n’est pas évident pour un sélectionneur de pouvoir travailler tous ces automatismes en si peu de temps. Et puis je cherche encore un leader naturel qui doit se dégager de ce groupe, c’est primordial et c’est une nécessité. Le Coach Baddou Zaki doit pouvoir compter sur un joueur relais, charismatique qui donne de la voix sur le terrain. La logique voudrait que ça soit Mehdi Benatia… à suivre.
 
Comparons ce qui est comparable et parlons de nos voisins Algériens (championnat national +/- équivalent et autant de nationaux expatriés) qui réussissent aisément là où nous échouons lamentablement ces dernières années. Comment expliques-tu les performances actuelles des Fennecs en comparaison avec les déroutes actuelles des lions ?
Alors j’aimerai vous dire qu’une dynamique donnant naissance à des performances régulière n’arrive pas par hasard. C’est souvent une volonté et une vision d’une personne ou d’un collège de personnes qui partent d’un diagnostic dans lequel ils vont fixer des objectifs et ensuite, un plan d’actions. Donc pour répondre à votre question, l’homme providentiel chez les Fennecs n’est autre que l’Hajj Raouraoua. S’ils récoltent le fruit de leur travail aujourd’hui, c’est grâce à son projet global avec des profils de techniciens bien spécifiques à l’Algérie et des profils de joueurs toujours compétitifs et capables de s’adapter aux spécificités de l’Afrique.
Savez-vous que c’est grâce à ce Monsieur, aujourd’hui Membres exécutif de la Fifa, que les binationaux ayant joué pour leur pays de naissance peuvent rejoindre la sélection de leur pays d’origine? Son projet a été mis en place et conduit par une équipe compétente. Et puis il y a une chose dont je suis jaloux chez nos voisins c’est leur niaque et leur abnégation, Ce sont clairement des gladiateurs de la 1ère à la 130ème si nécessaire.
Notre projet à nous a été commencé par Mr fassi Al-Fihri qui avait aussi une vision intéressante pour notre football, mais malheureusement, ne s’était pas représenté. Mr Lakhjaa me plaît aussi, je crois qu’il est arrivé dans un climat exécrable, il a résisté à la tempête dernièrement, la décision (CAN 2015) prise par lui, ainsi que les autorités, a été à mon sens sage car la suite des événements lui a donné raison. La mise en place d’une nouvelle DTN avec des techniciens compétents qui ont la volonté de développer la pratique masculine et féminine, la formation de joueurs sur le territoire nationale, la formation des cadres pour faire progresser les joueurs, la création de la LNFP, un nouveau siège de la FRMF,.. sont de bons signes.
 
Concernant les équipes espoirs et notamment la sélection olympique qui t’a déçu après son élimination par la Tunisie. Ton analyse sur la dernière déroute des protégés de Benabicha.
Très honnêtement, j’ai suivi et apprécié ce que cette génération a proposé en terme de jeu et de générosité dans l’effort jusqu’au tournoi de Toulon qu’ils auraient pu remporter avec un peu plus de malice et de vice, notamment dans la gestion des temps forts et temps faibles. C’est une déception de ne pas voir cette talentueuse génération en coupe d’Afrique, un plateau riche et une vitrine pour la plupart d’entre eux. MR Zmerecki, l’entraineur des bleuets, m’a d’ailleurs dit le plus grand bien de cette équipe. Espérons qu’ils se remettent rapidement de celle-ci et qu’ils continuent à bosser.
 
Le DTN, Nacer Larguet, souhaiterait effectuer des changements à la tête de l’encadrement technique des équipes nationales espoirs. Peut-on imaginer un Ouaddou à la tête d’une sélection espoir ?
Ah bon! je ne suis pas au courant. En tout cas, c’est une chance pour nous d’avoir cet homme à la DTN. C’est un homme compétent, humble et bosseur. Pour répondre à votre question, aujourd’hui J’entraine au sein du Centre de formation de L’ASNL ou je continue à me perfectionner afin d’acquérir l’expérience nécessaire pour le très haut niveau. En parallèle je passe une maîtrise de Management au centre de droit et d’Economie du Sport de Limoges, donc avec tout cela, j’ai du pain sur la planche (rires). Mais à l’avenir, avec plus d’expérience, cela pourrait m’intéresser effectivement.
 
Comment juges-tu le niveau actuel du championnat national ?
 
Je le trouve bon, en constante progression. J’en discute souvent avec mon ami, Walida Regragui qui apporte une méthodologie de travail et une vision intéressante dans ce championnat et je vous avoue qu’il m’en dit le plus grand bien.
La Botola Pro se jouera cette saison sous l’égide de la LNFP. Selon toi, qu’est ce qui manque au Maroc pour avoir un championnat professionnel à l’image des différents championnats où vous avez évolué ?
En terme de publique, je pense qu’on a rien à envier à personne, surtout lorsque on voit le Raja, le Wac, MAT, MAS, Safi, HUSA…. En revanche, le public du FUS doit vraiment faire un effort de venir au stade vu la qualité de jeu proposé par l’équipe et le sérieux de ce Club, je trouve que c’est excitant de voir leur match.
Apres Le nerf de la guerre est toujours l’argent, les droits télé, le Sponsoring, les partenaires… Et pour attirer ceux-ci, il faut développer les départements marketing au sein des clubs, un jeu attrayant, des stades confortables pour accueillir tout public, transport en commun pour y venir… Ça sera à la LNFP de bien vendre son produit. La Botola avance doucement mais sûrement.
 
Dernier petit mot
 
Bonne Continuation à vous.
 
Merci


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