Sa vie actuelle à Nancy, sa formation universitaire pour une reconversion dans le football, son avis sur la situation actuelle du football marocain ou ses futurs projets. Abdessalam Ouaddou, pièce incournable de la génération dorée de 2004 s'est confié à "liondelatlas.ma" avec décontraction et générosité.

Tout d’abord, comment allez-vous ?

Très bien, je passe beaucoup de temps avec mes enfants, car je n’ai pas eu le temps de faire certaines choses durant ma carrière de joueur qui a duré 17 ans. J’en profite pour vous annoncer que l’on attend avec ma femme, un quatrième enfant. En parallèle, je m’occupe de mon Complexe de futsal qui se nomme le Soccer City à Nancy.

Puis quand j’ai l’opportunité, je vais voir des matchs à l’étranger, dans les grands clubs afin d’observer et de voir la façon dont les grands écuries travaillent, voir leurs organisations, leur modèle structurel et économique. En outre je partage mon temps en intervenant au sein d'une association d'entrepreneurs originaires de la banlieue nancéienne et qui ont tous réussis dans différents secteurs d'activités, souvent avec difficulté. Nous allons à la rencontre des élèves de la banlieue dans leur collège respectif en collaboration avec les professeurs et proviseurs ,parfois même avec leurs parents dans leur domicile afin de les sensibiliser sur l'importance de leur orientation scolaire ou professionnel et essayer de leur inculquer certains codes afin de les former pour une recherche de stage ou de réussir un entretien d'embauche car malheureusement bon nombre de ces gamins ne maîtrisent pas certaines règles ce qui leur ferme une multitude de porte et se retrouvent très souvent démotivés et sans aucune ambitions. Nous avons aussi un rôle de conseil pour ceux et celles qui souhaitent créer leur propre entreprise. Avec mes collègues nous essayons de changer cette spirale de l'échec et ainsi éclairer ces jeunes.

Est-ce que vous préparez des diplômes afin de revenir dans le football ?

Je prépare ma candidature à l’université à Limoges, c’est une formation sur deux années. Cette formation est quelque chose qui me tient à cœur, car c’est une sorte de continuité de ma carrière de joueur.Afin d'acquérir de solides bases dans les domaines  du droit, de l’économie, de la gestion et des relations humaines, cette licence sera à mon sens complémentaire avec mes compétences techniques spécifiques, découlant de mon expérience de sportif de haut-niveau.

 Pour apporter quelque chose dans le football, il faut tout d’abord se former. Essayer d’aller chercher à apprendre. Le football se développe de manière fulgurante depuis plusieurs années, C’est ma philosophie. C’est donc un nouveau challenge pour moi, un nouveau match que je veux gagner. Je me donne beaucoup de moyens. Et afin de « grossir » ma candidature pour ce DU de Management Sportif à Limoges, je suis allé voir plusieurs grandes personnalités afin d’échanger. La rencontre avec Nasser Larguet  a été très importante pour moi. J’ai pu visiter à l’Académie Mohammed VI à Salé près de Rabat. Il a eu la gentillesse de m’accueillir. J’ai aussi été recommandé par de  grandes personnalités dans le monde du football et des médias en France.  Mais également celle du Ministère des Sports au Maroc ou encore de la Confédération Africaine de Football (CAF). Toutes ces rencontres sont très importantes, et enrichissantes sur plusieurs domaines. L’appui de tous les présidents dans les clubs où  je suis passé est très important également.  Mohamed El Fayed, l’ancien président et propriétaire de Fulham, m’a vraiment soutenu tout comme le président de l’AS-Nancy Lorraine, Jacques Rousselot ou Francis Decourrièren, président du VAFC (2004-2011).Je suis dans une réflexion où j’ai terminé ma carrière, j’ai envie de me poser et de gravir les échelons avec réflexion et sérénité. Si ma formation doit durer au-delà des deux années de formation à Limoges, ça durera plus de deux ans. Je veux arriver dans le monde du football : former et prêt à apporter quelque chose.

Quelle est votre avis sur l’arrivée de Be In Sports dans le paysage médiatique français ?

L’arrivée de Be In Sports met fin au monopole de Canal + sur le paysage footballistique français. Il faut que la concurrence soit saine et on voit que Canal dope l’offre*.  C’est bon pour la Ligue et le football français. Ainsi la Ligue 1 essaye de lutter sur les droits TV avec l’Italie, l’Allemagne et même l’Espagne.

*Ndlr : L'ensemble des droits de diffusion de la Ligue 1 et de la Ligue 2 pour la période 2016-2020 atteint un montant record de 748,5 millions d'euros (dont 22 millions pour la Ligue 2).

Est-ce que vous aimeriez vous entretenir avec Nasser el-Khelaifi pour échanger sur la situation du football au Qatar ?

Tout d’abord, Nasser el-Khelaifi est quelqu’un de brillant. Il gère très bien le PSG, Be In mais aussi la Fédé’ de Tennis qatarie.  Mais pour parler de la situation du Qatar, cela me semble compliqué, car il ne veut pas parler de politique, même si je me demande si le poste de ministre des Sports ne lui a pas été proposé au Qatar. La nouvelle garde dont il fait partie dans la stratégie du Qatar avec en tête L’Emir Tamim  souhaite moderniser leur pays, changer l’image du Qatar tout en conservant la tradition de leur aïeux. Mais c’est seulement une partie d’un courant minoritaire au Qatar, car la majorité du courant est très conservateur et souhaite renforcer par exemple le système « kafala »*  qui est la cause principale des dégâts sur le sol qatari.

* Ndlr : Le système de kafala consiste au fait que l’immigré se trouve sous la coupe du « kafile ». Ce tuteur lui retire son passeport et lui fournit une carte de travail qui fait fonction de pièce d’identité. Il n’a droit à aucune activité à caractère syndical ou autre visant à défendre ses droits. Le kafile a tous les pouvoirs sur son salarié et les deux parties ne bénéficient pas du même traitement devant la loi du pays d’accueil.

 

Désormais, venons à vos origines, étant un ancien grand international marocain de la génération dorée de 2004, quel est votre ressenti du football marocain actuel ?

Il y a beaucoup de choses à dire sur le football marocain. Il faut avoir des gens formés, professionnels à chaque niveau pour structurer le football marocain. On sait qu’il y a de la matière. On est une population  environ de 35 millions d’habitants. Les talents sont là, c’est indéniable. Comme je vous l’ai évoqué toute à l’heure, Nasser Larguet fait un travail extraordinaire au Maroc avec son académie Mohammed VI, mais il est seul …  Il faut que tous les clubs au Maroc calquent son travail pour être compétitif lors des prochaines échéances et la future décennie. Aujourd’hui, on fait de l’à peu près. Depuis 10 ans voir plus. L’instabilité au niveau de l’Equipe Nationale est affligeante. Il faut revenir à des choses simples et la formation doit être l’un des objectifs de la FRMF. Les infrastructures actuelles au niveau de la formation sont défaillantes. Créons des pôles de préformations comme l’INF Clairefontaine en France … Mais non …  Ces derniers temps, un budget a été libéré pour la formation, mais ce budget n’a jamais servi à ceci mais à la construction d’hôtels ou de mises aux verts pour les différentes équipes premières …

La transformation des statuts de nos équipes professionnels est aussi un objectif important pour le football marocain, car le statut actuel des clubs sont des associations, certains confondent la notion de « club » et entreprise familiale, c’est très ambiguë. Au Maroc, les moyens sont là. Désormais, il faut les hommes  prêts à être au service de ce sport pour une vision d’excellence.

La Coupe d’Afrique des Nations au Maroc arrive à grand pas (janvier 2015), pensez-vous que le Maroc est-il prêt  pour bien concourir dans cette compétition ?

Je suis très déçu de ces derniers mois. Il est inconcevable que le Maroc n’ait pas de sélectionneurs à 10 mois d’une Coupe d’Afrique des Nations à domicile. C’est une compétition prestigieuse qui va mettre en avant notre pays. On doit être prêts. Ce qui n’est pas le cas actuel … Le Maroc est sans conteste, un moteur sur le continent  africain. Il doit aussi retrouver toute sa splendeur au niveau du football mais aussi dans les autres sports. A ce sujet la Coupe du Monde doit être un impératif pour notre pays, nous avons été candidat malheureux en 1994,1998, 2006, 2010. Il est temps pour un grand pays comme le Maroc de par sa situation géopolitique d’organiser cette événement planétaire, nos leaders politiques, leaders du monde sportif doivent être confiant, ambitieux et commencer dés maintenant à nous préparer pour postuler pour 2026, je vous le dis aujourd’hui nous sommes les favoris, donnons-nous les moyens. Et si mon pays  a besoin de moi pour apporter ma pierre à l’édifice ca sera avec un  grand honneur de lui ouvrir mes réseaux pour faire campagne.

La Fédération Royale Marocaine de Football dresse une short-list de noms, ces derniers temps, afin d’élire le futur sélectionneur du Maroc, pensez-vous que la Fédération doit regarder à l’international ou plus un local ?

C’est une très bonne question. Dernièrement, Oussama Assaidi a déclaré qui penche plus pour un sélectionneur étranger. D’autres joueurs préfèrent un sélectionneur marocain. Cela fait 10 ans, que le Maroc essaye un sélectionneur étranger ou local et je pense que ce n’est pas le problème.Le futur sélectionneur aura besoin de temps pour créer des automatismes, avoir une cohésion dans son groupe, mettre en place un projet de jeu et une ligne directrice, instaurer des règles de vie a l'intérieur du groupe, cela ne se fait pas en claquant des doigts. Depuis Baddou Zaki, le Maroc n’a laisser du temps à personne. Il faut laisser travailler le futur sélectionneur, sur le long terme afin qu’il installe ses idées, sa pratique, sa vision du football. Il ne faut pas mettre de pression dès les premiers mois voir la première année. Il faut qu’une union sacrée se créer autour du futur sélectionneur du Maroc. Une union sacrée de la fédération, des supporters marocains mais aussi des journalistes. Il faut un projet à long terme. Résonner à court terme, c’est une très mauvaise idée.

Aimeriez-vous intégrer le futur staff des Lions de l’Atlas pour la CAN 2015 ?

Si c’est pour intégrer un staff’ et ne rien apporter, cela ne sert absolument à rien. Je n’aime pas être un plot inactif. Dans ma carrière de footballeur, je n’ai jamais triché pendant plus de 15 années. Je veux faire avancer les choses. Je possède un gros bagage grâce à ma riche carrière. Et désormais, je me forme afin de consolider mes idées. Quand je terminerai ma formation, j’y réfléchirais, c’est sûr. Mais au jour d’aujourd’hui, il me manque encore certaines armes. Je dois donc passer par la case « formation ».

Dans le futur, est-ce que vous seriez tenté pour un retour au Maroc afin d’entraîner un club du championnat, voire de créer une académie de football ?

(Evasif)… J’ai beaucoup d’idées. Je ne peux pas tout vous dire maintenant. Les projets sont bel et bien là mais je me dois de les structurer encore.

Pensez-vous que l’ingérence du politique dans les fédérations de football africains est-il un mal pour le développement du football africain ?

Paradoxalement, la Fifa n’aime pas l’ingérence du politique dans certaines fédérations mais l’un ne peut pas exister sans l’autre.  Au jour d’aujourd’hui, le football a pris une exposition incroyable. Le football est devenu une vitrine pour les pays.

Je vais vous donner un exemple : lors du dernier match PSG-Chelsea (mercredi dernier), la nouvelle ministre des Sports (Najat Vallaud-Belkacem) était assise aux côtés de Nasser el-Khelaifi. Il y avait également Nicolas Sarkozy, ex-président de la République et Anne Hidalgo, fraîchement élu maire de Paris. La politique n’est pas loin du football. Je ne suis pas contre l’idée que la politique peut aider le football, le mettre à l’étrier, donner des moyens. Par leur pouvoir, les politiques peuvent débloquer des situations. Mais de s’ingérer dans le football, de mettre leur pion. Ceci n’est pas acceptable.

L’Algérie, le Ghana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Nigéria sont les représentants africains lors du prochain Mondial au Brésil. Selon vous, qui a le plus de chances de faire le meilleur parcours ?

Je pense que le Ghana a une chance d’aller loin s ‘ils arrivent à passer sortir de leur groupe G qui me parait  très costaud.  C’est un pays qu’on n’entend pas beaucoup mais il  travaille énormément au niveau de la formation. On peut voir que beaucoup de joueurs sortent du Ghana et viennent jouer en Europe. Il y a un vivier énorme. Le trou générationnel au Ghana n’existe pas depuis plusieurs décennies. Ils ont les atouts pour aller loin. L’Algérie dans son groupe H peut aussi avoir une chance d’aller au deuxième tour à condition qu’elle tire une leçon de ses erreurs lors de la dernière Coupe du Monde. En tout cas je souhaite le meilleur aux cinq équipes africaines. L’Afrique a besoin du rayonnement de ses équipes pour continuer son essor. 

Désormais, évoquons l’Europe et votre carrière en club. Si vous donneriez une qualité/ un défaut au championnat grec et de même avec le championnat anglais, quel serait vos mots ?

Pour le championnat grec, la qualité serait la passion, la folie, le deuxième derby le plus impressionnant au monde est à Athènes , alors que le défaut serait l’organisation parfois  .

Quant au football anglais, sa qualité : exceptionnel. Par l’engouement, la rigueur, l’état d’esprit. Le football anglais a une philosophie à part entière. Le seul défaut que je peux trouver au football anglais, c’est peut-être au niveau de la formation, c’est une faille. La formation est moins accentuée qu’en France, par exemple. J’espère que les instances du football anglais mettront l’accent dessus pour les prochaines années.

Un dernier mot pour les lecteurs de « lionsdelatlas » ?

Je vous souhaite, à vous, intervenants du site « liondelatlas.ma », une excellente continuation. Je me rappelle du lancement, il y a presque dix ans. L’équipe continue à travailler, à persévérer. Malgré les résultats actuels décevant, l’équipe de « lionsdelatlas » est présente. Vous êtes des passionnés, des amoureux du Maroc, du football et de son équipe nationale. On sent l’amour de l’Equipe Nationale par votre plume. Votre objectivité et votre franc-parler est votre marque de fabrique et j’apprécie cela. Je vous encourage très sincèrement pour la suite.