Les clubs européens les plus prestigieux se lancent depuis quelques années dans des projets humanitaires, en signant des partenariats ou à travers leur propre fondation.

Retour sur l’inauguration du Centre Solidaire pour l’Education et le Sport à Tanger, en janvier 2009. Une inauguration en fanfare à laquelle assistent toute la direction du Bar&ccedila, le Consul général d’Espagne à Tanger, les élus et représentants des autorités locales. Il est vrai que l’événement était attendu : cet établissement doté de salles de classe et d’une zone omnisports de 2000m2 dispensera un soutien social et éducatif à prés de 300 enfants en situation de vulnérabilité et menacés d’exclusion sociale. Le rival madriléne réplique à Rabat. Hasard du calendrier, ou pas, le grand rival du club catalan, le Real Madrid, a inauguré deux jours plus tot à Rabat sa propre  » école sportive d’intégration sociale ». Domiciliée au Stade Hilal, dans le quartier populaire de Yaacoub El Mansour, cette structure accueillera gratuitement une centaine de jeunes gar&ccedilons et filles de 9 à 15 ans. Si ces deux projets, à Rabat et à Tanger, relévent de la même logique d’aide au développement, les objectifs affichés et les moyens mis à disposition sont différents. Le Real Madrid, à travers sa Fondation, privilégie la formation sportive. A l’instar des neuf autres  » académies d’intégration sociale » madrilénes basées en Amérique Latine (Panama, Honduras, Salvador, Argentine, Chili, Bolivie, Equateur, Uruguay et Mexique), l’école de Rabat est en quelque sorte un  » mini-centre de formation » destiné aux enfants défavorisés. Les jeunes footballeurs sont coachés quotidiennement par trois entraineurs, la pratique du sport est au c&oeligur du projet. Deux autres conventions ont déjà été signées par le Real, en avril dernier à Rabat. La premiére porte sur la formation des cadres professionnels, la seconde permettra aux jeunes sportifs marocains de la Ma&acircmoura de partir en Espagne pour continuer leurs études supérieures à l’université européenne des sports de Madrid. Le Real en profitera-t-il pour  » débaucher » nos jeunes talents ? Le social plus que le sport pour le Bar&ccedila. Le probléme ne semble pas se poser en revanche pour le Centre du Bar&ccedila, à Tanger. La Fondation FC Barcelone est claire sur ce point : les structures mises sur pied dans le cadre du Réseau International de Centres Solidaires (XICS)  » ne sont pas des écoles de football » mais des lieux de vie offrant une assistance éducative, sociale et sanitaire aux jeunes visés. Le choix des sites (9 Centres dans le monde entier, dont 4 en Afrique) est justifié par des problématiques propres à chaque pays, détaillées dans les rapports annuels de la Fondation : pauvreté rurale au Brésil, orphelins sous influence religieuse au Sénégal, enfants de la caste des  » intouchables » en Inde et, pour Tanger, un probléme qui touche directement l’Espagne : les immigrants clandestins mineurs non-accompagnés… Comment ces projets sont-ils financés ? Le Bar&ccedila, tout comme la Fondation Real Madrid, peut compter sur l’appui de l’Agence espagnole pour la coopération internationale (AECI), véritable bras armé financier de l’Espagne pour l’aide au développement. La Fondation FC Barcelone dispose en outre d’importants fonds propres : son budget annuel dépasse les 3 millions d’euros. Le club lui reverse annuellement 0,7 % de ses revenus, le reste est financé en majorité par des partenaires privés. Les 156 000  » socios » du Bar&ccedila et les autres supporters du club versent quant à eux une dizaine de milliers d’euros par an dans les caisses de la Fondation. Croisades Real-Bar&ccedila à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, le Real Madrid et le Bar&ccedila sont les seuls clubs européens à autant s’impliquer  » personnellement » dans la création de structures éducatives et sportives à l’étranger. Manchester United, deuxiéme club le plus riche au monde (derriére le Real) a également développé un partenariat avec l’UNICEF,  » United for Unicef », mais pour des actions très ciblées et sans rapport avec le sport, comme le soutien aux victimes du tsunami en Asie ou aux différentes campagnes de lutte contre le sida. Cotés en bourse pour la plupart, ces grands clubs européens n’échappent pas aux régles du  » marketing social » adoptées par l’ensemble des multinationales. Créer sa fondation et participer à des projets humanitaires permet d’améliorer la visibilité de l’entreprise et de renvoyer une  » bonne » image aux consommateurs – appelés ici fans de foot – du monde entier. Le FC Barcelone ne s’y est pas trompé : en 2006, sa Fondation a officiellement adopté  » une nouvelle politique sociale » dans le but de consolider le concept cher aux Catalans :  » le Bar&ccedila est plus qu’un club ». Les récentes actions de la Fondation, comme la création des Centres XICS, servent à « constituer l’identité sociale&raquo du club. Le football du XXIe siécle, un monde à part. Un positionnement commun à tous les grandes écuries qui leur permet de redorer à bon compte l’image d’un monde à part – le football professionnel – gangréné par l’argent fou. Que valent quelques dizaines de milliers d’euros consacrés à la construction d’une école dans le Tiers-Monde, quand certains dirigeants de clubs sont prêts à en débourser plus de 100 millions pour faire venir  » la » star du moment ? Quand le prix moyen du billet pour un match au sommet de la Premier League anglaise dépasse désormais les 100 euros ? Une hyperinflation des cours du ballon rond qui choquent de plus en plus de monde, fans de foot et simples observateurs. Mais les gamins de Bni Makada ou de Ya&acirccoub El Mansour, eux, s’en fichent éperdument. Gr&acircce à leurs clubs préférés, ils pourront désormais taper dans la balle tous les weekends…