Des infrastructures solides, une organisation professionnelle, un peuple fou de foot, des vuvuzelas assourdissants et des surprises à la pelle&hellip pour cette premiére Coupe du monde en terre africaine, la terre natale de Nelson Mandela en a mis plein les yeux au reste du monde. Mais pendant que le plus grand événement planétaire s’est déroulé à la pointe du continent, le Maroc garde le go&ucirct d’une opportunité ratée, d’un espoir dé&ccedilu. Retour sur un rêve brisé.

Tout commence en 2000. Aprés l’élection sur le fil du pays organisateur de la Coupe du monde 2006, remportée par l’Allemagne par 12 voix contre 11 pour l’Afrique du Sud, la Fifa décide d’instaurer une rotation du Mondial entre les continents&hellip à commencer par l’Afrique. C’est donc décidé, 2010 sera l’année du continent noir. Aprés avoir perdu contre les Etats-Unis en 1994, la France en 1998 et l’Allemagne en 2006, le Maroc croit enfin à ses chances. Pour une fois, il aura des concurrents à sa mesure : l’Egypte, la

Tunisie, la Libye, le Nigéria et l’Afrique du Sud.

L’association Morocco 2010 est montée. Le roi nomme à sa tête Sa&acircd Kettani, ex-patron de Wafabank et homme d’affaires au talent reconnu. Chargée de la préparation et de la promotion du dossier &ldquoMaroc&rdquo, l’association s’appuie sur des compétences et des experts mondialement reconnus. Kettani s’offre même les services du célébre homme d’affaires américain Alan Rottenburg, architecte et cheville ouvriére de la World Cup 1994 aux USA. &ldquoOn travaillait comme dans un cabinet de Premier ministre. &Ccedila n’arrêtait pas. C’était trés intense et on y mettait tout notre c&oeligur&rdquo, raconte avec un brin de nostalgie un membre de l’association.

Si, officiellement, nos concurrents sont au nombre de cinq, dans les coulisses, la compétition se joue entre deux pays seulement : le Maroc et l’Afrique du Sud. &ldquoNous avions une longueur d’avance sur nos confréres arabes. C’était notre quatriéme dossier de candidature. Et nous étions rodés aux rouages de la Fifa. L’Afrique du Sud était notre seul concurrent sérieux&rdquo, explique notre interlocuteur. Des pronostics qui se confirment au fil des jours : le Nigéria se retire en cours de route. La candidature conjointe présentée par la Libye et la Tunisie est rejetée aprés l’expérience Japon-Corée du Sud de 2002, que le puissant patron de la Fifa, le Suisse Joseph Blatter, a qualifié de &ldquopremiére et derniére&rdquo. Trois concurrents restent en course. Leur sort sera scellé à Zurich, un samedi 15 mai 2004. Une journée encore gravée dans les mémoires.

Kettani, Benslimane et les autres

La délégation marocaine arrive à Zurich deux jours avant le jour J. Cinq avions RAM sont affrétés pour l’occasion. A bord, des happy few triés sur le volet : hommes politiques, sportifs, artistes, hommes d’affaires et journalistes… Le tout mené par Sa&acircd Kettani et l’incontournable président de la Fédération royale marocaine de football, le général de corps d’armée Hosni Benslimane. &ldquoJe n’ai jamais vu le général aussi décontracté que durant ces deux jours. Il était trés accessible, avenant et, comme à son habitude, trés élégant. Il n’hésitait pas à nous balancer des vannes de temps à autres&rdquo, se souvient un journaliste présent à bord. Le prince Moulay Rachid est également de la partie. &ldquoLe prince a fait le voyage un jour avant la délégation. On l’a vu une seule fois. C’était le vendredi, le jour de la présentation du dossier Maroc&rdquo, raconte cet autre journaliste.

Nos concurrents sud-africains, eux, n’ont pas lésiné sur les moyens. Si leur délégation est deux fois moins importante (en nombre) que celle du Maroc, elle comporte néanmoins des personnalités de poids. A leur tête, la légende vivante Nelson Mandela et l’archevêque Desmond Tutu. Une blague de potache circulait d’ailleurs ce jour là entre journalistes étrangers : &ldquoL’Afrique du Sud raméne deux prix Nobel, le Maroc raméne un général de l’armée&rdquo.

Le vendredi, les choses sérieuses commencent. Les pays en course pour l’organisation de la Coupe du monde doivent présenter en 45 minutes chacun leur dossier devant le conseil des 24 votants de la Fifa. Le Maroc passe avant l’Afrique du Sud et laisse une trés bonne impression. &ldquoLe coup des clés du royaume remises à la Fifa n’a laissé personne indifférent. Les réactions ont été tellement positives que nous avons cru que la Coupe du monde était dans la poche&rdquo, raconte ce membre de Morocco 2010. Une impression qui allait se renforcer quand Sa&acircd Kettani, en fin lobbyeur, s’assurera, le soir-même autour d’un dîner, du soutien du président de la Concacaf (états-Unis, Costa Rica, îles Tonga). Trois voix qui ouvriront au Maroc le sésame de la Coupe du monde, dix voix étant déjà acquises. Du moins, c’est ce qu’on croyait.

Blatter dit non

Samedi matin, aprés une séance de vote à un seul tour, Joseph Blatter annonce l’heureux élu. C’est le coup de massue : l’Afrique du Sud l’emporte avec 14 voix, contre 10 pour le Maroc. L’Egypte est sortie bredouille avec zéro voix. Une douche froide pour la délégation marocaine. Du coté des officiels, c’est le silence radio. Personne ne veut commenter les résultats du vote : &ldquoOn s’est sentis comme trahis. Le président dormait la veille avec 13 voix dans la poche. Il était presque s&ucircr de notre victoire. Mais les pays de la Concacaf ont apparemment changé de camp à la derniére minute&rdquo, raconte avec amertume ce proche collaborateur de Sa&acircd Kettani. Les informations qui filtrent ce matin-là laissent

entendre que Blatter a organisé, trés tard la veille, une rencontre secréte entre Mandela et le président de la Concacaf. Difficile à vérifier, mais c’est le scénario que le Maroc retiendra officieusement.

Kettani est soulagé quand il re&ccediloit, quelques minutes aprés &ldquole coup de l’enveloppe de Blatter&rdquo, un appel du roi. &ldquoLe roi a téléphoné à Kettani pour le féliciter du travail accompli par l’association. C’était une sorte de consolation pour toute l’équipe de Morocco 2010&rdquo. Au retour, tout le Maroc crie au complot. La presse tire sur la Fifa et son président Joseph Blatter. Mais &ccedila, on le savait déjà du coté du comité de candidature du Maroc : &ldquoNotre dossier était solide, confie un membre de Morocco 2010. Mais on était s&ucircrs que le deal ne se jouait plus sur ce terrain, mais bien sur le terrain politique. Et l’Afrique du Sud a marqué des points sur ce plan. Elle avait surtout la promesse de Blatter, qui a tout fait pour tenir parole&rdquo.

Espoir. En attendant 2026&hellip

Si le Maroc a raté de peu la Coupe du monde 2010, les regards sont désormais braqués sur la prochaine World Cup en terre africaine, en 2026. Le Maroc se portera-t-il candidat pour l’organiser ? &ldquoBien s&ucircr que oui, répond cet ancien membre de Morocco 2010. Aprés quatre tentatives échouées, nous devons capitaliser sur notre expérience. Il ne faut surtout par rater le coche en 2026&rdquo. Le Maroc pourra faire valoir sa grande avancée en matiére d’infrastructures. La construction de stades va bon train et le réseau autoroutier s’étend sur tout le territoire, tandis que les hotels et autres complexes touristiques poussent comme des champignons. Sans parler du TGV qui reliera d’ici 2020, Tanger à Casablanca… Bref, tout ce qui est nécessaire pour sortir du discours des maquettes. La cinquiéme tentative sera-t-elle la bonne ?