Je reviens de Roumanie où j’ai eu un réel plaisir à passer quelques jours, à l’invitation de la fédération roumaine d’athlétisme. J’ai été la bas donner une conférence sur la méthodique de  l’entraînement à l’occasion de la réunion annuelle des entraîneurs.

La bas, les entraîneurs dans tout les sports sont réunis annuellement dans une grande assemblée pendant au moins trois jours. Ils y assistent à des communications scientifiques et y reçoivent les indications clés pour la saison à venir. Ils y participent aussi à un débat avec les responsables fédéraux menés par le Président de la fédération respective. Je dis bien les responsables et non  les membres fédéraux.

Permettez moi mes amis de partager avec vous mon émotion à revenir sur mes pas de jeunesse dans ce beau pays où j’ai passé cinq années de ma vie à l’Institut d’Education Physique et des Sports. À l’époque et je parle des années 70, les grandes écoles de sport étaient à Kiev, à Leipzig, à Budapest et bien évidement à Bucarest.

Ce ne fut pas par hasard que je me sois trouvé là; ce fut sur une décision de feu Abderahmane Medkouri alors patron des sports. Cela a changé ma vie. Alors que je me destinais à toute une autre carrière fréquentant jusque là, les bancs de la faculté de droit de Rabat.

Ce voyage en Roumanie m’a donc replongé 36 ans en arrière surtout quand sur mon insistance j’ai rendu visite à l’un de mes professeurs encore en vie: Mima Alexandrescu. Il fut chef du département d’athlétisme et recteur de l’institut par la suite. Un très grand monsieur de science et de savoir. Son age avancé aujourd’hui n’empêche pas sa grande lucidité. Ce fut pour moi une occasion d’exprimer à travers lui ma gratitude aux grands professeurs que j’ai eu dont certains, comme Léon Teodorescu, avaient et ont toujours une renommée mondiale. Il m’a offert ses deux dernières publications. La tradition ne se perd pas la bas, Les gens  écrivent…

Joli clin d’œil à mon ami Belaid.

J’ai eu le privilège aussi durant ce voyage de visiter le palais du parlement dit aussi la maison du peuple. Casa popurului. Vous savez, c’est ce fameux bâtiment gigantesque conçu par Ceausescu pour être vu de la lune, avec en face un boulevard encore plus grand, encore plus beau, plus somptueux que les Champs Elysées. Un édifice avec les plus hautes colonnes  du monde, les plus beaux ce ci les plus beaux cela du monde.

Un pur chef d’œuvre  qui abrite aujourd’hui les instances élus du peuple roumain. Ceausescu est parti avant d’avoir vu finie cette merveille, construite  en seulement 4 années avec que du savoir roumain, de la main d’œuvre roumaine et des matériaux roumains. À l’époque, ce pays était le seul au monde à ne pas avoir de dettes extérieures…Véritable fierté de Ceausescu que la délicieuse guide  et l’un des conservateurs du bâtiment ont évoqué plus d’une fois durant la visite.

Pourquoi je parle de cet édifice, c’est qu’il a un lien avec mon passé en Roumanie. Il a été construit exactement en lieu et place de l’institut que j’ai fréquenté et du grand stade qui faisait parti de l’enceinte. Aujourd’hui le stade, dit de la république ´ studionul republicii  ‘ a été recouvert et sert de parking à la maison du peuple.

Le lieu avait été choisi parce qu’il s’agit du point culminant de la ville de Bucarest.

En une visite de ce lieu vous avez une revue complète de tout les métiers, de tout les arts, de toute la beauté, le goût et la richesse culturelle de ce pays des Balkans.

L’assemblée des entraîneurs fut pour moi l’occasion aussi de retrouver dans la salle certains de mes collègues…les cheveux grisonnant ou complètement absents  pour les hommes, le poids  du temps sur les femmes…émotions, nostalgie.

Elle a eu lieu dans un lieu que je ne connaissais pas: Le nouveau centre de préparation olympique, appelé Sydney 2000, tiens!

Loin d’une quarantaine de kilomètres de la ville, en pleine forêt comme il n’en n’existe que dans cette partie du monde, le centre est un ensemble de bâtiments des plus modernes: Salles spécialisées de tennis, de gymnastique, de natation, des sports d’équipe,  des sports de combats, stade d’athlétisme, restaurants, hôtels, il y en a trois,  le tout dans une harmonie parfaite et fonctionnelle. Le rêve pour un sportif.

J’ai hélas aussi mesuré ainsi encore une fois, combien nous étions à des années lumières du sport et de ce qu’il requiert non pas comme moyens, parce que  nous en avons plus que ce qu’il en faut, mais plutôt en esprit, en compréhension  et en philosophie de la chose.

Qu’ est ce qui nous empêche d’avoir aussi cent ou deux cents sportifs en préparation pour les prochains jeux olympiques en  ce moment même : je dirais l’insouciance, la culture de la flemme  et l’incompétence tout court.

Tout en vivant l’émotion de revenir sur mes pas de jeunesse, je m’emplissais  de rage contre notre façon de gérer et de concevoir le sport; contre ces combats de coqs pour maîtriser les rênes de telles ou telles institutions; contre le malin plaisir d’écarter systématiquement les compétences du chemin de ceux arrivistes qui se servent du sport comme raccourci à des fins inavouées.

La bas aussi il y a des luttes pour telle ou telle fédération ou club mais l’essentiel est sauvé.

Je fus donc partagé entre la joie et le plaisir de revivre Bucarest, sa verdure, sa beauté architecturale, son histoire culturelle et l’angoisse que je ressens pour la médiocrité de notre sport par notre faute;  La rage que je ressens à voir certains parmi nous détruire sans vergogne et dans l’impunité le patrimoine historique de nos villes. La rage de voir qu’en en ai encore à débattre de la salubrité et du nettoyage de nos rues.

Le sport n’est qu’un maillon de la chaîne de la vie dans une société.

je ne désespère pas.

Je ne desespère pas car un jour les choses vont enfin changer et les marocains se mettront à élire les meilleurs parmi eux pour diriger leurs villes, leurs communes, leur gouvernement, leurs sports.

Mais cela est une autre paire de manches.