Le 10 octobre 1993 à Casablanca, Abdeslam Laghrissi inscrit face à la Zambie le but qui qualifie le Maroc pour sa troisième Coupe du monde.

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Les éliminatoires de la Coupe du monde 1994 n’ont pas été de tout repos pour le Maroc, difficilement qualifié pour la seconde phase de ces éliminatoires. Lors de la phase de groupe, une lutte au coude à coude est engagée avec la Tunisie dans le groupe F. Les Lions de l’Atlas ne décrochent leur qualification que lors de l’ultime journée. Le 28 février 1993, ils réussissent à préserver le point du nul (0-0) face aux Tunisiens à Casablanca. C’est le point qu’il leur faut pour finir devant leurs adversaires du jour.
Ce fut pire pour la Zambie. En 1993, les Chipolopolo comptent l’une des générations les plus prometteuses du continent africain. Le 27 avril, celle-ci disparaît tragiquement. En route pour le Sénégal pour disputer son premier match du second tour des qualifications de la CM, l’avion qui transporte les joueurs zambiens s’écrase en pleine mer au large du Gabon. Personne ne survit au crash. Le capitaine, Kalusha Bwalya, échappe miraculeusement à l’accident: comme il doit disputer un match avec son club, le PSV Eindhoven, il choisit de rejoindre directement l’équipe à Dakar.

Un Maroc pour chaque compétition.
Le match face au Sénégal est reporté. Les Zambiens débutent le 4 juillet leur seconde phase face au Maroc. Celui-ci compte déjà deux points et , le 18 avril, il vient laborieusement à bout des Sénégalais. À la 82e minute, l’ancien attaquant niçois Momo Chaouch inscrit le but de la victoire (1-0). Face à la Zambie, le milieu gauche Rachid Daoudi ouvre le score à la 16e minute. Kalusha égalise à l’heure de jeu. Sept minutes plus tard, son coéquipier Johnson Bwalya donne la victoire (2-1) aux siens. Avec un match en moins, les Chipolopolo comptent le même nombre de point que leurs rivaux. Moins de deux semaines plus tard, le 17 juillet, les Marocains gagnent (3-1) au Sénégal. La Zambie n’y parvient pas (0-0) le 7 août, mais le 26 septembre, elle étrille les Lions de la Téranga (4-0) à domicile. Le 10 octobre, date de la dernière journée, le Maroc est à un point des Zambiens. Il est dans l’obligation de gagner pour se qualifier pour la WorldCup américaine.
Pour y parvenir, l’entraîneur marocain Abdellah Ajiri, plus connu sous son surnom « Blinda », est nommé à la tête de l’équipe. Il était auparavant le sélectionneur de l’équipe B. En effet, le Maroc a opté à cette époque pour une stratégie singulière: à la suite d’une défaite (0-1) face au Malawi qui réduisit grandement leurs chances de se qualifier pour la Coupe d’Afrique des Nations de 1994, les Marocains choisissent de faire jouer à une première équipe, la A, celle des joueurs les plus chevronnés, les éliminatoires de la CM, et à une deuxième équipe, la B, constituée principalement de jeunes joueurs locaux, ceux de la CAN. Malgré leur inexpérience internationale, ces joueurs font bonne figure. Ils ramènent un nul (1-1) d’Égypte ainsi qu’une victoire (2-0) sous forme de revanche du Malawi. La décision de nommer Blinda tient d’abord dans ces bons résultats. Ensuite, le précédent sélectionneur de la A, Abdelkhalek Louzani, a été décrié par le paysage médiatique marocain.

Laghrissi, le héros.
Un jeune joueur convoité par les sélections de jeunes françaises est appelé pour la première fois afin de renforcer les Lions de l’Atlas. Il s’appelle Mustapha Hadji. L’autre surprise du match est la titularisation de Abdeslam Laghrissi, l’attaquant du club militaire de l’AS FAR, en lieu et place de Hassan Nader, expatrié à Farense, au Portugal. 100.000 spectateurs sont venus assister à la rencontre au Stade Mohammed-V de Casablanca. L’ambiance est électrique. Les Zambiens font le verrou en défense. L’occasion la plus dangereuse en première mi-temps sort des pieds de Hadji, auteur d’une superbe prestation sur l’aile droite. Son enchaînement contrôle de la poitrine-volée du pied droit est à deux doigts de lober le gardien James Phiri. À la pause, le score est nul et vierge. Insuffisant pour que le Maroc se qualifie.

Au début de la seconde période, les Marocains sont plus entreprenants. À la 50e minute de jeu, l’arbitre gabonais Jean Diramba siffle une faute en leur faveur. Après une combinaison au milieu, le milieu défensif Tahar El Khalej lance l’arrière gauche Abdelkrim El Hadrioui, qui lève les yeux vers sa droite. Son centre est millimétré. Laghrissi est à la réception. Au lieu de reprendre de volée, comme il le fait à son habitude, il choisit la tête. Phiri est battu. Le stade explose et le buteur court enlacer le passeur. Tahar n’arrive pas à contenir ses émotions. Il tombe tout près de la ligne de but qu’il tape du plat de la main. La Zambie est sonnée, mais pas très longtemps. C’est elle qui prend le jeu à son compte et, durant les quarante dernières minutes de la partie, fait le siège de la surface marocaine. Gibby Mbasela donne du fil à retordre aux Lions de l’Atlas, complètement étouffés. La défense, guidée notamment par le canari Noureddine Naybet, résiste tant bien que mal. Lorsque l’arbitre siffle la fin de la rencontre, des scènes de liesses ont lieu dans tout le royaume chérifien. Le Maroc tient sa première qualification pour une Coupe du monde depuis 1986.

Les lendemains difficiles.
La suite n’est pas à la hauteur. Aux États-Unis, les Marocains perdent leurs trois matches face à la Belgique, l’Arabie Saoudite et les Pays-Bas. C’est la crise. Les joueurs sont conspués. Coupable d’une erreur fatale lors du second match face aux Saoudiens, le gardien de but Khalil Azmi arrête le football. Il vit toujours aux USA. L’entraîneur commence en tout cas à développer quelques problèmes de santé. En 2010, il décède d’une crise cardiaque. Il n’avait que 59 ans. D’autre part, le roi du Maroc, Hassan II, installe en septembre 1994 un général de la gendarmerie royale à la tête de la Fédération marocaine de football (FRMF). Il s’agit de Hosni Benslimane, il ne quittera son poste qu’en 2009.