Le bilan de la CAN par les consultants de France Football

Pour faire le bilan de la CAN 2019, FF a fait appel à un entraîneur spécialiste de l’Afrique (Pierre Lechantre), un consultant (Brahim Thiam) et à son journaliste-maison (Nabil Djellit) pour faire le point sur six thèmes. Première partie avec, au menu, le niveau de jeu, l’équipe la plus impressionnante et les déceptions.

Le niveau de jeu global
Brahim Thiam (consultant beIN Sports) : «Le niveau a été bien meilleur»
«Avec une CAN à 24 équipes, et Madagascar en est l’exemple le plus convaincant, les écarts de niveau sont très serrés. Aucune équipe n’a dominé une autre de la tête et des épaules. Cela prouve que des équipes progressent. Les favoris doivent s’employer ardemment pour aller au bout. Cela a été le cas pour le Sénégal et à un degré moindre pour l’Algérie. J’ai aimé Madagascar, l’Ouganda, l’Angola. Le niveau a été bien meilleur que la CAN précédente. C’est mieux que ce qu’on a connu auparavant. Ce n’est pas encore le top parce que les quatre-cinq favoris devraient vraiment répondre présents sur le plan du jeu.» T.C.

Nabil Djellit (Journaliste à France Football) : «Je ne me suis pas ennuyé»
«J’ai trouvé que le niveau de jeu était homogène. Les équipes sont tactiquement bien organisées. On voit beaucoup moins de choses grotesques que par le passé où les petites équipes faisaient des choses hallucinantes avec des mauvais alignements… On en est loin. Je veux bien entendre qu’il n’y a pas de grandes équipes, mais il n’y en a pas des petites non plus. Après, c’est à l’image de ce qui se passe dans d’autres compétitions. Les équipes nationales ont moins le temps de travailler ensemble. On avait eu les mêmes critiques à l’Euro ou à la Coupe du monde. Je trouve que cela a été une bonne CAN, je ne me suis pas ennuyé.» H.B.B.

Pierre Lechantre (entraîneur de Simba Sports Club, ancien sélectionneur du Cameroun) : «Un niveau technique moyen»
«De CAN en CAN, je trouve que le niveau technique reste moyen, ce que je reproche de plus en plus. Je vais paraître vieux jeu, mais je trouve que l’arrivée de certains entraineurs étrangers est bonne pour améliorer le niveau tactique des équipes africaines, mais je trouve qu’on oublie un peu le côté improvisation et le côté « folle-dingue » des joueurs africains. Maintenant, on regarde un match de Coupe d’Afrique, on a l’impression qu’on voit l’équivalent sur un match de Ligue des champions. C’est ce qu’on peut regretter. Et maintenant, certaines équipes surprises comme Madagascar ou le Bénin réussissent à se faufiler en huitièmes ou en quarts parce qu’elles sont bien organisées et qu’elles réussissent à résister au niveau défensif face aux autres équipes.» N.J.
L’équipe la plus impressionnante
Brahim Thiam : «Madagascar a déployé un jeu magnifique»
«Pour moi, ça peut être l’Algérie comme Madagascar. Mais je vais dire Madagascar parce que c’est l’équipe qui vient de nulle part. Elle n’avait jamais participé. Elle a déployé un jeu magnifique. Physiquement, elle a été au point. Elle a joué comme une équipe qui avait trois ou quatre CAN derrière elle, comme peu ont fait dans cette compétition. Ce qui m’a surpris, ce sont leurs automatismes dans l’aspect défensif, dans le jeu, dans la solidarité, dans les mouvements. On voyait des joueurs avec une habitude de déplacements, de prises à deux qui nécessitent parfois des semaines et des semaines d’entraînement et de compétition. Eux, en quelques matches, ils ont réussi à le faire. Avec un état d’esprit exceptionnel. De la simplicité dans la qualité de jeu que même des équipes comme la Tunisie, le Nigeria ou d’autres, qui sont là depuis des lustres, n’ont pas affiché pendant cette CAN. Ça, c’est à mettre en avant. Ils sont entrés dans la compétition avec aucun scrupule.» T.C.

Nabil Djellit : «L’Algérie, solide et talentueuse»
«Pour moi c’est l’Algérie sur ce qu’elle a proposé. Avec son collectif et ses talents individuels. C’est une équipe qui attaque ensemble, qui défend ensemble avec des idées de jeu cohérentes. C’est un bloc bien articulé avec un milieu qui est monté en puissance tout au long de la compétition. Bennacer, Guedioura et Feghouli n’avaient jamais vraiment été alignés ensemble. C’est une équipe qui s’est construite et découverte dans cette Coupe d’Afrique, à l’image de Sofiane Feghouli qui s’est parfaitement adapté à son nouveau rôle. Si on devait la définir en deux mots : solide et talentueuse.» H.B.B.

Pierre Lechantre : «Le don du football algérien»
«L’Algérie, bien évidemment. On sait qu’il y a un potentiel au niveau du football algérien qui est énorme. En plus, sans vouloir faire du « cocorico », ce sont des joueurs qui sont allés chercher des qualités supplémentaires tactiques en France, parce qu’il y en a pas mal qui y ont joué. On prend le côté « don » du football algérien avec ses qualités de dribbles, ses qualités d’improvisation, de vitesse, et on y ajoute des qualités un peu plus verrouillées, avec le système français, où on insiste sur le replacement tactique. On l’a bien vu avec les efforts faits par Mahrez, Belaïli, et d’autres joueurs qui viennent bosser sur le replacement. Tout ça crée un ensemble qui est de qualité, c’est évident.» N.J.
La/Les déceptions
Brahim Thiam : «Ziyech ? Pas complètement impliqué»
«Le Mali. Que je voyais plus haut que de se faire éliminer comme ça en huitièmes de finale par une Côte d’Ivoire très moyenne. Ce qui amène à une déception. Si on rapporte le tout à une CAN à seize équipes, et bien tu ne passes toujours pas le premier tour. Le Mali manque d’un vrai buteur. La gestion du match face à la Côte d’Ivoire n’a pas été bonne. Quand tu as des difficultés dans le jeu, le coach doit aussi aider son équipe. Sinon, l’Egypte, que j’avais défini comme mon grand favori, qui ne s’est pas mise au niveau chez elle alors que tout le monde l’attendait. C’est une grosse déception. L’élimination a commencé à se tramer sur le match contre l’Ouganda où ils ont gagné 2-0 mais en étant complètement en-dedans. L’Ouganda était nettement supérieure pendant 75 minutes dans le contenu. C’étaient les prémices s’il n’y avait pas de signal d’alarme. Tu te laissais un peu bercer par l’euphorie du pays organisateur. La sentence est arrivée contre l’Afrique du Sud qui avait été pourtant moyenne depuis le début de la compétition. Le Maroc ? Oui, on est obligé de les mettre. C’est une grosse déception. Mais, en même temps, cela ne m’a pas surpris pour une équipe qui manque, là aussi, d’un vrai buteur. La gestion du cas Ziyech a été très mal faite, par rapport à son état de fraîcheur. Il joue les trois matches de poules alors que l’équipe est qualifiée au bout de deux journées. On a senti un mec pas complètement impliqué. Était-ce dû à la fatigue ou à autre chose ? On attendait Mané, Salah et Ziyech. Il n’y en a qu’un seul qui a répondu présent. Il est en finale.» T.C.

Nabil Djellit : «L’Egypte a reposé sur deux individualités»
«La grosse déception, c’est l’Egypte. C’est un grand d’Afrique qui est habitué à remporter cette coupe et, chez eux, on ne pouvait pas s’imaginer les voir sortir aussi tôt. Le résultat est décevant, mais c’est surtout le niveau de jeu. On est loin de la génération qui réalisait le triplé 2006/2008/2010. L’équipe n’a reposé que sur ses deux individualités à savoir Salah et Trezeguet. L’autre déception, c’est évidemment le Maroc. On ne s’attendait pas à une telle sortie de route. Des matches de poules solides dans un groupe pas facile pour une équipe qui avait du vécu et des certitudes. Et sortir aussi tôt face au Bénin, c’est une vraie déception. Même si les Écureuils ont réalisé une bonne Coupe d’Afrique, le Maroc se devait d’aller plus loin surtout lorsqu’on voit la qualité de l’effectif marocain. Avec un Hakim Ziyech qui était cramé de sa saison avec l’Ajax. On a aussi senti une équipe en fin de cycle avec beaucoup de trentenaires.» H.B.B.

Pierre Lechantre : «L’Egypte et le Maroc, euphoriques après les poules»
«Évidemment, je suis très déçu du Cameroun. D’autant que j’étais prétendant au poste lorsque Seedorf a été nommé. J’avais, en secret, l’espoir de pouvoir reprendre du service. Malheureusement, il y a eu des intrigues qui ont voulu que je ne sois pas choisi. Mais j’étais sur la short-list. La déception, c’est aussi de voir des équipes qui caracolaient en tête après les trois matches de poules comme le Maroc et l’Egypte se faire éliminer dès les huitièmes. Ils ont peut-être été euphoriques après les poules. L’Egypte ne m’a vraiment pas impressionné, même s’ils ont deux joueurs fantastiques, Salah et puis un peu Trezeguet. Néanmoins, pour les avoir joués il y a deux ans, j’avais trouvé que ce n’était pas une équipe capable de gagner la CAN.»