A 50 ans, Hervé Renard est un des sélectionneurs qui comptent en Afrique. L’ancien adjoint de Claude Le Roy au Ghana appartient au cercle très fermé des techniciens capables d’avoir remporté deux Coupes d’Afrique des nations (CAN) avec deux sélections différentes, la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015. Le Maroc, qui n’a plus régné sur l’Afrique depuis son sacre à Addis-Abeba en 1976, fait partie des favoris de la CAN égyptienne. Un statut que le Français assume, avant le premier match des Lions de l’Atlas face à la Namibie le 23 juin au Caire, dans un groupe D qui comprend également l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire.

« Moi, la seule chose qui m’intéresse, ce sont ceux qui sont là. Et si certains veulent nuire à la sélection nationale, c’est leur problème, pas le mien. »

Débuter un tournoi face à l’équipe présumée la plus faible du groupe n’est pas toujours un avantage. Comment l’appréhendez-vous ?
Hervé Renard En 2008, lors de la CAN au Ghana, nous avions rencontré cette équipe namibienne lors du deuxième match et l’avions emporté 1-0, très difficilement. Ce genre de match n’est pas un piège, car on sait que le Maroc en est le favori, et il faut l’assumer. La Namibie est une équipe qui sera difficile à jouer, beaucoup de ses internationaux évoluent en Afrique du Sud. De plus, un premier match, dans une grande compétition, est toujours très important et cela fait des semaines que nous nous préparons.

Justement, durant la préparation, vous avez enregistré deux défaites à Marrakech, face à la Gambie (0-1), puis la Zambie (2-3). Etes-vous inquiet ?
Depuis que je suis sélectionneur, je crois n’avoir jamais gagné un match de préparation avant un tournoi. C’est la faute de mon adjoint, Patrice Beaumelle, qui fait trop travailler les joueurs. Mais, comme en 2012 et en 2015, cela s’est terminé par une victoire finale, je ne peux pas lui en vouloir (rires). Plus sérieusement, il ne faut pas oublier que ces deux matchs de préparation intervenaient au milieu de grosses séances de travail. Les joueurs ont eu une saison longue et ils arrivent en sélection dans une forme variable. Alors, même si c’est toujours mieux de gagner, je ne veux pas accorder trop d’importance à ces deux défaites. Ce qui compte, c’est la compétition.

Vous avez également été confronté au départ précipité de l’attaquant Abderrazak Hamed Allah, officiellement pour blessure, officieusement en raison de tensions avec d’autres joueurs…
Il faut lui demander s’il est blessé et pourquoi il est parti… J’ai entendu et lu qu’il y avait des problèmes avec des joueurs… Non, c’est uniquement avec un joueur. Moi, la seule chose qui m’intéresse, ce sont ceux qui sont là. Et si certains veulent nuire à la sélection nationale, c’est leur problème, pas le mien.

Le Maroc est considéré comme l’un des favoris, au même titre que l’Egypte ou le Sénégal…
Ce n’est pas nous qui nous octroyons ce statut, mais nous l’assumons ! Cela faisait un certain temps que le Maroc n’avait pas été cité parmi les favoris d’une CAN. Nous pouvons donc être fiers. Mais il y a effectivement le Sénégal, qui est la meilleure sélection africaine, l’Egypte très difficile à battre chez elle, et d’autres équipes capables de faire une très bonne compétition.

… Comme la Côte d’Ivoire, qui vous retrouverez le 28 juin au Caire ?
Bien sûr ! Je connais très bien Ibrahim Kamara, son sélectionneur, qui fut un de mes adjoints en Côte d’Ivoire. Et il ne fait pas le déplacement pour faire de la figuration. Les Eléphants ont du caractère et un excellent attaquant, Nicolas Pépé, sans doute un des meilleurs d’Europe. Retrouver la Côte d’Ivoire, pour moi, c’est évidement particulier. J’ai vécu des choses fantastiques dans ce pays magnifique. J’aurai un pincement au cœur, mais je suis là pour défendre les couleurs du Maroc. Et il n’y a pas la place pour les sentiments. Et puis, j’ai affronté deux fois les Ivoiriens depuis que je suis au Maroc, et ça s’est bien passé à chaque fois puisque nous les avons éliminés de la Coupe du monde 2018 (0-0, 2-0).
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