Marqué par sa saison à Caen, Fayçal Fajr explique combien il donnera tout pour le Maroc lors de la CAN. Le milieu aborde aussi Hervé Renard, le caractère des Lions de l’Atlas, ses souvenirs d’enfance, mais aussi son avenir.

«La CAN sera-t-elle une grande respiration pour vous après la saison délicate à Caen ?
Bien sûr. Dans le sens où, quand je vais en sélection, il y a une différence dans le professionnalisme, dans le travail (par rapport au club). Il y a des différences de caractères, de statuts, mais pourtant, c’est top, il y a du respect, des plus jeunes aux plus anciens. Tout ça parce qu’il y a une autre mentalité. Attention, je ne crache pas sur le vestiaire, sur la mentalité du club ou de l’équipe (de Caen). Mais oui, bien sûr qu’il y a une grande différence dans la mentalité entre le groupe qui vit au Maroc et celui de Caen. Certains vont dire que Renard n’a pas le même caractère que le coach (NDLR : Fabien Mercadal). Oui, mais il y a aussi des joueurs de caractère comme Benatia, Fajr, Belhanda, Boussoufa… Des joueurs capables de dire « Calmez-vous, on se met au travail » ou quelque chose comme ça. Un coach a toujours besoin de joueurs de relais entre le vestiaire et lui. Dans certains tu vas les avoir, et dans d’autres tu ne vas pas réussir.
Avec quel objectif le Maroc se rend-il en Egypte ?
Pas de pression, aucune pression. On sait qu’on a un groupe au top, qui vit bien, qui travaille bien. Une famille ! On sait pourquoi on y va. On y va pour montrer de quoi on est capable et pour aller le plus loin possible. D’après les observateurs, les bookmakers, on est une des équipes favorites…
«Je ne suis pas con : j’ai envie d’aller en finale. Avec tout le respect que j’ai pour toutes les équipes africaines, le Maroc a son mot à dire.»Est-ce le cas ?
Bien sûr ! Mais j’ai envie de dire aux gens que ce mot-là, « favori », surtout en Afrique… La mentalité des équipes est différente. Les gens jouent pour l’amour de leur pays. Ils sont prêts à mourir. Je parle pour mon cas à moi : je suis prêt à mourir sur le terrain pour mon pays. La rage est en moi et je l’aurai toujours. Et c’est encore pire quand je porte le maillot du Maroc. Il y a un truc qui me transcende et qui me rend encore plus fort. Je ressens quelque chose que tu ne peux pas ressentir dans un club. À part si tu y as joué des années et des années, cinq, six, neuf, douze ans ! Oui, ces gens-là peuvent ressentir quelque chose. Mais quand un joueur évolue une ou deux années et que tu l’entends dire qu’il ressent quelque chose… Ok, je peux te croire, mais j’ai du mal. Quand c’est ton propre pays, tu ressens des choses complètement différentes. On va tout faire pour emmener le Maroc le plus loin possible. Je n’ai pas envie de te dire demi-finales ou quarts de finale, c’est bidon. Si je te dis quarts, on va dire « pourquoi pas la finale ? » Je ne suis pas con : j’ai envie d’aller en finale. Avec tout le respect que j’ai pour toutes les équipes africaines, le Maroc a son mot à dire.
«OUI, LE MAROC, C’EST LE BRÉSIL DE L’AFRIQUE»
Le Maroc attend une victoire depuis tellement longtemps… (NDLR : Le premier et seul sacre remonte à 1976)
On attend ça depuis longtemps, moi le premier, quand j’étais devant ma télévision. Depuis que j’aime le foot, j’ai regardé toutes les compétitions. La première que j’ai regardée avec mes yeux de fan, c’était la Coupe du monde 1998. Celui qui te dit qu’il regardait la télé à cinq ans… Arrête tes conneries ! Mais quand tu arrives à huit, neuf ou dix ans… La Coupe du monde 1994, j’avais cinq ou six ans, j’ai vu des images à travers YouTube, ou par le biais de mes grands frères et de mon père. En 2004, la Coupe d’Afrique des nations, en Tunisie, je l’ai vécue à fond. Comme le Mondial 1998, j’ai des cassettes et des photos sur mon ancien ordinateur. J’ai des souvenirs. J’ai des maillots de l’époque de Mustapha Hadji, qui est maintenant dans le staff.
2004, c’est la dernière finale du Maroc dans une CAN, avec une défaite face à la Tunisie (1-2). Quels sont vos souvenirs ?
Personne ne voyait cette équipe faire quelque chose. Et hop, finale ! J’ai des souvenirs comme si c’était hier. Ensuite, durant les CAN suivantes, on est passé au travers. Avec tous les joueurs qu’on a, avec le pays de football qu’on est… Le Maroc, c’est grave, c’est comme en Amérique latine, ici, ce sont des hystériques, des fous du foot. Nous, les Marocains, on aime le football. À la Coupe du monde, on était en Russie, à Moscou, et il y avait 40 000 Marocains ! Moi qui vais au Maroc depuis que je suis jeune, je vais partout, mais quand on dit que c’est le Brésil : oui, c’est le Brésil de l’Afrique ! Les gens jouent partout, sur la plage, dans la rue, sur le trottoir…
Mais comment se fait-il que la sélection nationale ne parvienne pas à obtenir des résultats ?
Si j’avais l’explication, je la donnerais. Mais là, c’est le moment. C’est à nous d’être solidaires, tous ensemble, tous les Marocains. Et je sais qu’on l’est. Mais il faut l’être encore plus. Après, c’est nous qui jouons sur le terrain. Depuis trois ans, ça avance très bien.
«Hervé Renard,dans sa sélection, il sait qu’il a à faire à des hommes.»Peut-on dire que ce processus a démarré depuis la CAN 2017 au Gabon ?
Oui. Ça ne peut être qu’une progression. Avec la possibilité de se projeter, d’avoir d’autres objectifs, d’autres envies, d’autres ambitions. Au Gabon, tu fais une bonne CAN, tu vas en quarts de finale malgré des absences importantes, et tu es déçu parce que tu penses mériter de passer face à l’Egypte. Ensuite, tu vas à la Coupe du monde, tu fais bonne figure mais tu as cette déception du premier match (NDLR : défaite 0-1 face à l’Iran). Et là, (pour la CAN 2019), tu as un autre joker pour pas effacer, mais bonifier, confirmer ce qu’on a fait depuis l’arrivée de (Hervé) Renard.
Comment sont vos relations avec Hervé Renard ?
Une relation coach-joueur, où il y a du respect dans le travail et en dehors. Un respect humain. Ça se passe bien. Comme des hommes. Lui, dans sa sélection, il sait qu’il a à faire à des hommes.
Et il aime ce genre de joueurs…
Il aime bien ça. Quand les gens te disent « est-ce qu’il y est pour quelque chose ? », je réponds qu’il y a les joueurs mais aussi le coach. Si je te dis que ce n’est que nous, les joueurs, ce serait mentir. Il est venu, il a instauré quelque chose, il y a eu un déclic, il connaît la mentalité de l’Afrique, il sait comment ça se passe. On lui a donné des objectifs à atteindre, il les a atteints. Je ne suis pas là pour faire le fayot, non, je préfère dire la vérité, ce que je pense. Il y est pour quelque chose. Il sait faire la part des choses. Il a peut-être une image d’un dur, mais il sait être dur et cool quand il le faut. Il a ce juste milieu. Car, dans le foot, tu sais que si tu es trop cool… Trop bon, trop con. Si tu es trop gentil, on te mange ; si tu es trop méchant, on ne va pas dans ton sens. Il a réussi à trouver ça parce qu’il a aussi eu à faire à des hommes en face de lui, à des joueurs qui ont pris conscience qu’il y a un potentiel énorme dans ce groupe, au Maroc. Les joueurs ont pris conscience qu’il y a quelque chose à faire avec ce groupe. Comme partout, il y a des groupes dans cette équipe, mais pas des clans malsains. Ça parle toutes les langues, ça parle espagnol, français, arabe, anglais. Ce n’est que bénéfique. On dirait que tu es à l’école, tu apprends des nouvelles langues. C’est beau. On est toujours contents de se retrouver. C’est top.
«MON AVENIR ? QUI M’AIME M’APPELLE»
Savez-vous ce que vous ferez la saison prochaine ?
Je n’ai pas envie de jouer avec Caen, en Ligue 2. Je l’ai bien dit à Gilles Sergent, qui était président mais qui ne l’est plus : ils voulaient que ça sorte de ma bouche. Mon objectif a toujours été de jouer au plus haut niveau, donc en première division.
Plutôt en France ?
Je n’ai pas de préférence. Qui m’aime m’appelle. Qui a besoin de mes services m’appelle !
Quand aimeriez-vous être fixé ?
Avant le début de la CAN, ce serait top. Ce serait l’idéal. Mais, dans la vie, tu ne peux pas avoir tout ce que tu veux. S’il faut attendre pendant, après, ça ne me dérange pas. Mais je souhaite un club qui me veut vraiment.»