Lors de la CAN-2017 qui débute samedi au Gabon, de nombreuses sélections font compter dans leurs rangs des binationaux. Le changement du règlement de la Fifa permet aux équipes de recourir largement aux talents d'Européens.

Nés en France, passés même pour certains en équipes de jeunes chez les Bleuets, ils ont finalement opté pour la nationalité sportive du pays de leurs parents : les binationaux vont être légions à la Coupe d’Afrique des Nations qui débute samedi 14 janvier au Gabon jusqu'au 5 février.

C’est le cas par exemple de Cédric Bakambu (25 ans, RD Congo) et Mario Lemina (23 ans, Gabon), pourtant sacrés respectivement champion d'Europe des moins de 19 ans en 2010 et champion du monde des moins de 20 ans en 2013 avec les Bleuets en équipe de France.

De nombreux joueurs qui participent à la CAN-2017, à l’image de Riyad Mahrez (Algérie), André Ayew (Ghana), Kalidou Koulibaly (Sénégal), Mehdi Benatia (Maroc), Wahbi Khazri (Tunisie), Karl Toko-Ekambi (Cameroun), Yacouba Sylla (Mali), Floyd Ayité (Togo) ou encore Steeve Yago (Burkina Faso) sont aussi nés et ont été formés dans l'Hexagone.

Hormis l'Égypte, contre-exemple avec ses puissants clubs locaux, la plupart des nations majeures du continent africain ont ainsi largement eu recours aux talents d'"Européens" depuis 2009 pour devenir plus compétitives. Le changement du règlement de la Fifa, qui a donné la possibilité à un joueur de changer de sélection nationale après 21 ans (à condition de n'avoir auparavant jamais évolué en sélection A) a facilité les choses.

L'équipe la plus touchée est celle de l'Algérie. Selon une étude du Centre international d'étude du sport (CIES), seulement 40 % du temps de jeu en sélection revient à des footballeurs nés dans le pays en 2015. Avec une qualification pour les deux derniers Mondiaux, cette stratégie s’est révélée payante.

Un changement de mentalité

Au début de la réforme, l'appel du pays d'origine représentait pour des joueurs de second rang un repêchage inespéré pour jouer de grands tournois internationaux. Aujourd'hui, ce sont des jeunes à fort potentiel, éligibles chez les Bleus, qui décident de jouer pour le pays de leurs parents.

"Tant mieux, moi aussi j'en fais partie. C'est de mieux en mieux pour notre sélection nationale. Cela augmente le niveau, et créé plus de concurrence", explique Cédric Bakambu, natif d'Ivry-sur-Seine, qui a "pris (son) temps" avant de faire son choix l'an dernier et d’intégrer la sélection de la République démocratique du Congo.

Cette situation entraîne aujourd’hui des bras de fer entre la sélection du pays des parents et le pays de naissance pour obtenir la préférence du joueur. En mars 2015 , l'affaire Nabil Fekir a ainsi fait les gros titres de la presse spécialisée. Un temps tenté par les Fennecs algériens, le prodige de Lyon a finalement choisi la France, après plusieurs rebondissements.

D'autres épisodes de ce genre sont à prévoir : Tiémoué Bakayoko (22 ans), ardemment courtisé par la Fédération ivoirienne de football, a expliqué n'avoir "pas encore fait son choix" entre les Éléphants et les Bleus. Steven N'Zonzi (28 ans), auteur de performances de haut niveau avec Séville, mais non sélectionné par Didier Deschamps, a aussi laissé la porte ouverte à la RD Congo fin novembre

Le choix du cœur ?

Cette incertitude provoque parfois la colère des pays "formateurs", à l'image des Pays-Bas qui ont vu Oussama Tannane (forfait pour la CAN-2017) et Hakim Ziyech (non-sélectionné) opter pour le Maroc en mars dernier. "Ce sont des choix stupides, ce sont des garçons stupides qui auraient dû avoir un peu de patience", avait ainsi réagi en mars dernier Marco Van Basten, à l'époque sélectionneur-adjoint des "Oranje".

En France, le site Mediapart avait aussi révélé en 2011 que des membres de la FFF avaient évoqué au cours d'une réunion la mise en place de "quotas" pour enrayer le phénomène, suscitant un tollé général.

Comment analyser les choix des joueurs ? La réponse tient en une seule expression souvent employée par les footballeurs interrogés sur le sujet : "le choix du coeur", une raison "qui ne s'explique pas", selon Cédric Bakambu.

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