Budget famélique, clubs en autogestion, joueurs en situation de précarité…, ce sport est miné par plusieurs maux. Le Maroc essaie bon an mal an de réintégrer les instances internationales. La formule du championnat national sera modifiée dès la prochaine édition.

Moins riche que le football et moins structuré que le handball, le rugby est vraiment le «parent pauvre» des sports collectifs marocains, bien qu’il soit le plus anciennement pratiqué dans le Royaume. En effet, le Maroc était considéré comme l’une des plus grandes nations du ballon ovale en Afrique, un statut qu’il a perdu depuis un certain temps… Entre un championnat épisodique, une fédération peu active, des joueurs au statut incertain et un budget à la limite du ridicule, le rugby marocain vit dans la tourmente.

Une spirale qui a commencé dès le début des années 2010. «L’élection de Aziz Bougja, un Marocain à la tête de l’instance africaine du rugby ne pouvait qu’être un bon présage pour ce sport au Maroc», assure un dirigeant d’un grand club casablancais. Il ajoute : «Cependant, une série de conflits personnels ont poussé à l’isolation du Maroc sur la scène africaine». A l’initiative de Rugby Afrique, l’instance internationale du rugby (alors appelée International Rugby Board, aujourd’hui World Rugby) avait entrepris une série d’audits sur les finances de la Fédération royale marocaine de rugby (FRMR). En 2014, la guerre éclate au grand jour. La confédération africaine décide d’exclure les dirigeants marocains de l’assemblée générale. Ce qui débouche sur une sanction de Rugby Afrique, rétrogradant le Maroc au plus bas indice du sport dans le continent.

«Ces sanctions ont eu des conséquences très lourdes pour le rugby marocain. Les divergences au sein des instances dirigeantes, ainsi que le manque de budget ont poussé à l’arrêt pur et simple du sport pendant deux saisons», indique de son côté Nacer Bougja, président de COC Rugby et vice-président de la FRMR. «Un arrêt qui a été fatal. Aujourd’hui la fédération tourne avec un budget de 7 MDH dont 60% sont versés par le ministère de la jeunesse et des sports». Le sponsoring, lui, s’est réduit comme peau de chagrin. «Le public historique de ce sport a déserté les terrains, les médias, à part un suivi superficiel, s’en désintéressent. Cette absence de couverture a chassé tout sponsor. Seul Maroc Telecom verse une somme de 100 000 DH annuellement», poursuit Nacer Bougja. Les clubs, de leur côté, vivotent grâce à l’autofinancement. Ils essaient de collecter des ressources en ouvrant des écoles de rugby pour jeunes, en mettant en location des terrains pour différentes activités et en cherchant des sponsors…

Moins de 500 licenciés séniors

Cette précarité impacte directement les conditions des joueurs. Avec un peu moins de 500 licenciés séniors, soit environ 30 joueurs par club, le paiement des factures relatives aux primes, aux déplacements et à la logistique dépend de la bonne volonté des dirigeants. «Il n’y a pas d’exercice professionnel du rugby, les clubs ne sont donc pas tenus d’établir des contrats avec les joueurs ni de leur garantir un revenu fixe», explique un joueur du Club Olympique Casablanca, l’une des plus anciennes équipes marocaines. «Les conditions des déplacements s’avèrent souvent catastrophiques. Que ce soit l’hébergement ou encore la nourriture, on est très loin des normes requises pour le sport de haut niveau».

Mais là encore, il y a des disparités. Certains clubs ont une meilleure organisation que d’autres, ce qui influe directement sur les résultats. A titre d’exemple, les clubs de l’Oriental démontrent une régularité dans leurs résultats sportifs directement liée aux conditions décentes fournies par les dirigeants aux joueurs. Primes de matchs, salaire minimum…, il n’en faut souvent pas plus pour motiver les troupes et obtenir de bons résultats. D’autres, par contre, se contenteront d’un sandwich/frites à la sortie du stade… Cette situation est d’autant plus dramatique quand on sait que le Maroc est l’une des plus anciennes nations africaines de l’ovalie.

Depuis 2000, le Maroc a même caracolé à la tête du continent : 2 fois vainqueur et 3 fois finaliste de la Coupe d’Afrique. Il a même raté de très peu la qualification à la Coupe du monde 2007 en perdant lors du match barrage contre le Portugal sur le score serré de 26/20. Depuis, c’est la dégringolade dans les résultats, puis la rétrogradation dans l’indice africain.

Des signes d’une réconciliation entre le Maroc et les instances internationales

Mais le rugby marocain connaît une certaine renaissance depuis 2015. La reprise du championnat, bien qu’il y ait quelques soucis de régularité, joue en faveur du Maroc pour regagner l’estime des dirigeants internationaux. D’autant que cette période de pause a permis à beaucoup de clubs d’émerger et de faire désormais partie du gratin national. L’exemple le plus remarquable est le club de Kelâat Sraghna, qui est passé en quelques années de l’anonymat à la compétition pour le titre du championnat du Maroc… Avec cette redistribution des cartes, les dirigeants pensent même à une nouvelle formule pour le championnat. Si actuellement les clubs sont divisés en ligues régionales avec au bout un mini-tournoi pour définir les vainqueurs, la FRMR pense désormais à une division unique où évolueraient les meilleurs clubs dans une formule unifiée.

L’équipe nationale, quant à elle, reprend du poil de la bête et essaie, tant bien que mal, de remonter à son ancien niveau. Aujourd’hui, l’équipe comprend deux joueurs évoluant dans le Top 14, le championnat français, considéré par beaucoup comme le meilleur au monde. En 2016, on peut même remarquer les signes d’une réconciliation entre le Maroc et les instances internationales. En effet, World Rugby a donné son accord pour l’organisation d’un tournoi international regroupant le Maroc, la Tunisie et l’Algérie, compétition intitulée «Tri Nations» et qui se déroulera du 16 au 25 décembre, à Oran.

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