Franc-parler, exigence et ambitions assumées, Hervé Renard va droit au but, quand il parle. Dans cet entretien exclusif accordé à L’Observateur, le meilleur entraîneur africain de l’année 2015 revient sur les Caf Awards, les commentaires qu’a suscités le sacre de Aubameyang aux dépens de Yaya Touré, son passage à Lille, sa relation avec l’Afrique et son futur.
Après deux Can remportées avec deux pays différents (Zambie et Côte d’Ivoire), une première en Afrique, et une série de quinze matches sans défaite en phase finale, la Caf vous a désigné meilleur entraîneur 2015, titre que vous avez déjà remporté en 2012. Vous êtes devenu un personnage en Afrique…

J’ai de la chance. Mon aventure en Afrique, c’est comme un conte de fée. Je suis arrivé en août 2007 au Ghana, en tant qu’adjoint de Claude Le Roy. C’est lui qui m’a tracé la route. Dès mai 2008, je suis parti en Zambie, encore grâce à lui, sur ses recommandations. Mais on n’obtient jamais ces titres, tout seul. Il y a un staff, notamment mon adjoint, Patrice Beaumelle. Qui a été deux fois champion d’Afrique (2008 et 2015) en tant qu’adjoint. Il y a aussi le président Kalusha Bwalya (Fédération zambienne de football). En Côte d’Ivoire aussi, ça s’est bien passé. J’ai eu des joueurs exceptionnels. C’est une chance inouïe qui s’est présentée sur mon chemin.

Après le sacre des Eléphants en 2015, le magazine France Football, dans son numéro 3596 paru le mercredi 04 mars 2015, vous posait cette question : «Avez-vous toujours le feu sacré pour l’Afrique ?» Votre réponse a été : «Oui, mais comprenez que j’ai d’autres ambitions aussi. Il y a encore plein de choses à faire en Afrique, mais tellement à vivre dans le monde en général…» Dans un contexte différent, que répondriez-vous, si l’on vous posait la même question ?

La même chose ! Sauf que parfois, dans la vie, on fait de mauvais choix. Mais je ne regrette pas. Ça (son passage à Lille) a été écourté pour différentes raisons. On ne les évoquera pas, parce que je n’ai pas envie d’en parler. C’est du passé déjà.

Lille a été un mauvais choix ?

J’ai fait un mauvais choix.

Aujourd’hui, vous êtes sur le marché de l’emploi. On vous annonce un peu partout, notamment au Maroc, en Algérie, au Cameroun, au Gabon, au Ghana. Duquel de ces pays êtes-vous le plus proche ?

(Sourire) Je suis libre de choisir. Je suis libre de choisir mon destin. Il n’y a pas que l’Afrique. Il m’est arrivé une petite mésaventure qui n’est pas très grave, par rapport à ce qui est arrivé à certaines personnes dans la vie. Il faut relativiser. Mais à partir du moment où je suis arrivé sur le sol africain, le 20 décembre 2015, notamment au Sénégal, j’ai eu l’impression de tout oublier. Ça doit être mon feeling avec l’Afrique, ce que les gens m’apportent ici. Ce matin, quand je courais sur la plage, des gens m’ont appelé «le renard noir». Ça me fait sourire. Mais ça me plait bien. Quelque part, je dois avoir du sang africain. Je me sens tellement bien ici que s’il faut que je n’entraîne que des grandes nations, cela ne sera pas un problème. Mais un honneur.

Votre retour sur le continent est-il acté ?

C’est possible mais pas certain. Je peux, peut-être, partir vers d’autres destinations. Aujourd’hui, je n’ai pas la réponse à cette question.

Qu’est-ce qui pourrait justifier votre retour en Afrique : «l’envie de jouer une Coupe du monde» avec une sélection africaine ou le fait de ne pas trouver, en Europe, un club capable de vous donner des sensations fortes ?

Non, j’avais trouvé un très bon club, Sochaux (2013-2014). Lille (2015) est un très bon club. Simplement, il y a des mariages qui ne sont pas possibles. En Afrique, j’ai envie de choisir une sélection qui puisse m’emmener à la Coupe du monde 2018. C’est un rêve dans une carrière, de faire une Coupe du monde. Je serais tellement heureux de faire une Coupe du monde avec une sélection africaine. L’engouement en Afrique est exceptionnel.

En Afrique, vous serez très attendu…

On est attendu partout. Je n’ai pas encore tout gagné : deux titres seulement. J’ai encore beaucoup de choses à faire. Hassan Shehata a gagné trois Can avec l’Egypte (2006, 2008, 2010). Il y a des objectifs : faire une Coupe du monde et pourquoi pas, réussir quelque chose de grand que l’Afrique n’a jamais réussi. Après, il y a des rêves, mais qu’on ne réalisera jamais. Il y en a d’autres qui sont accessibles. Si l’on m’avait dit, à mon arrivée en 2007, que j’allais gagner deux Can en 2015, j’aurais dit : non, ce n’est pas possible. Ça s’est fait. Il ne faut jamais avoir de limite. Il faut juste garder beaucoup d’humilité, parce que le football, ça va vite. J’ai chuté (il a été remercié par Lille au mois de novembre 2015, Ndlr), mais je vais me relever très vite et on va encore gagner quelque chose.

A défaut de donner un nom, pouvez-vous dégager le profil de votre future sélection ?

Il faut que cela soit une équipe très compétitive, bien organisée et qui a les moyens de ses ambitions. C’est cela qui est important. Mais aujourd’hui, les équipes africaines sont de mieux en mieux organisées comme de grandes équipes. Je peux parler de la Côte d’Ivoire, on était vraiment organisés comme une grande équipe. On avait de grands joueurs, disciplinés, contrairement à ce que j’avais entendu dire. Des joueurs fantastiques. C’est grâce à eux qu’on a gagné. Il n’y a pas que le coach, ce sont les joueurs qui font la différence.

Entre une sélection qui n’a encore rien gagné et une autre qui a déjà touché le Graal, laquelle allez-vous choisir ?

Il faut faire le bon choix. S’il est bon ou pas, on ne le sait qu’après. Mais il y a de très bonnes équipes en Afrique. Vous m’avez cité quatre sélections (Ghana, Gabon, Cameroun et Maroc, Ndlr). Cela fait longtemps qu’elles n’ont pas gagné en Afrique. Ce sont des challenges intéressants. Quand une Nation comme la Côte d’Ivoire, reste 23 ans sans gagner, l’attente est permanente. C’est comme le Sénégal, il attend sa première Coupe d’Afrique, il attend une deuxième participation en Coupe du monde. Les années passent et un jour, cela va se reproduire. Chanceux celui qui réussira à faire un parcours magnifique.

Compte tenu de votre parcours et de votre statut, serez-vous financièrement à la portée de certaines sélections africaines ?

Il y a toujours moyen de s’entendre, quand on a envie. Ce n’est pas toujours une question d’argent. J’ai refusé, il y a deux ou trois semaines, des offres de Al Gharafa (Qatar) et Al Nasr (en Arabie Saoudite). Si je ne pensais qu’à l’argent, je ne serais plus ici.

Partout où vous êtes passé, vous avez connu des débuts difficiles. Votre méthode est-elle si difficile à assimiler ?

Elle est peut-être un peu différente. Il faut que les gens prennent le temps de me connaître. J’ai aussi un caractère qui ne plait pas à tout le monde. Mais j’ai au moins le mérite de dire ce que je pense. Ça ne plait pas toujours, mais je ne changerai pas. Non !

Beaucoup d’entraîneurs mettent une barrière entre eux et leur groupe, parce qu’ils pensent devoir prendre du recul. Vous, vous êtes décrit comme un entraîneur qui cultive un management entre une exigence extrême sur le terrain et la proximité en dehors…

Parce que j’aime les hommes. J’aime l’être humain. Entraîner des joueurs qui sont des soldats et qui derrière, ne font rien comme des soldats, ça ne m’intéresse pas. J’ai envie de gagner des choses, mais aussi de découvrir des gens fabuleux. Quand je suis venu au Sénégal, le 20 décembre, j’étais dans le même avion que Mamadou Diaw, que j’ai eu comme joueur à Draguignan en 2000. C’était un signe du destin. J’ai toujours autant de plaisir à le revoir, alors que je l’ai vu arriver en Europe. Je suis fier de ce qu’il fait. J’aime les gens. J’ai besoin de me sentir aimé et d’aimer les gens. Sinon, je ne prends pas de plaisir.

A Sochaux en position de reléguable (2013-2014), vous avez sorti l’exemple de Arsène Wenger qui, après la descente de Nancy en 1987, est allé, l’année qui a suivi, gagner le titre de champion avec Monaco. Dans votre situation actuelle (votre départ de Lille), quel entraîneur vous inspire ?

Il y en a beaucoup ! Je suis admiratif de Barcelone. Cette équipe, on a l’impression que quel que soit l’entraîneur, elle garde la même philosophie. J’aime bien Arsène Wenger. Il y a des hauts et des bas, mais le club reste toujours serein, avec la même ligne de conduite. Je n’aime pas les gens qui s’affolent. Et dans le football, il y en a beaucoup. Le meilleur exemple, c’est d’imaginer, après les éliminatoires avec la Côte d’Ivoire, qu’on me vire. Quelqu’un vient et gagne la Coupe d’Afrique. Ça aurait pu se produire. Mais je suis resté et on a gagné la Can. La vérité d’un jour en football n’est pas celle du lendemain. Il faut être patient, il faut construire, travailler : tôt ou tard, on récoltera les fruits. Maintenant, si les gens pensent qu’on ne travaille pas, ils feront leur choix. Moi, je ne pense pas que je travaille mal. Si l’on ne me fait pas confiance, je sais que quelque part, d’autres me feront confiance. Ce n’est pas un problème. Mais là aussi, c’est mon mauvais caractère qui refait surface : je ne fais pas de concession, je ne me mets pas à genoux pour garder mon poste.

A Sochaux dans les vestiaires, c’était «never give up» (ne jamais abandonner), avec la Zambie, c’était de la musique locale, avec les Eléphants, Lacina Traoré était le Dj. En vacances au Sénégal, vous mettez quoi ?

«Never give up», c’est aussi la Côte d’Ivoire. Deux échecs en finale de la Can, il faut toujours y croire. Toujours s’accrocher. Finalement, il y a une génération qui réussit à gagner la Coupe, alors que peut-être, on pensait qu’elle ne la gagnerait jamais. Il faut toujours y croire. Le «coupé décalé», je n’étais pas assez compétent pour le maîtriser. Mais j’aime les musiques africaines, la musique sénégalaise notamment. Youssou Ndour est un ambassadeur exceptionnel. C’est magnifique. Pour apprécier la musique d’un pays, il faut apprécier les gens. Moi, j’adore l’Afrique. J’y finirai peut-être ma vie. C’est le destin.

Une belle déclaration d’amour !

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